A propos d'un passage de témoins
Dans une semaine, la Ville de Genève aura une nouvelle « ministre des Affaires sociales », et un nouveau « ministre de la Culture » : la Verte Esther Alder succèdera au socialiste Manuel Tornare à la tête du dicastère de la « cohésion sociale » , le socialiste Sami Kanaan au Vert Patrice Mugny à la tête du dicastère de la Culture (et des sports...). Et si ce passage de témoin, entre magistrats de gauche, pouvait être l'occasion d'une mise en cohérence de deux actions politiques qui trop souvent s'ignorent, ou du moins se mènent parallèlement sans jamais réellement se rejoindre ? Que la politique culturelle soit, aussi, une politique sociale devrait, pour la gauche, tomber sous le sens, mais les fonctionnement institutionnels ont des raisons que la raison politique subit comme des entraves
La culture contre l'exclusion sociale
Que la Ville de Genève soit la première responsable de la politique culturelle à Genève a pour conséquence logique que les principales institutions culturelles de la région sont concentrées en Ville, et même, pour un grand nombre d’entre elles, au centre même de la Ville. Les quartiers périphériques sont aussi des quartiers désertés par l’institutionnalité culturelle, surtout s’ils ne font pas partie de la commune-centre (la Ville), alors que la présence d’un « grand » lieu culturel dans ces quartiers serait un atout incontestable dans la lutte contre l’exclusion sociale. Le tissu culturel régional, c’est-à-dire l’ensemble des lieux et acteurs culturels publics et pérennes, dotés d’une programmation autonome et formant l’infrastructure culturelle régionale, ainsi que les intervenants culturels non-instiutionnels, pourrait, et devrait, être un point d’appui essentiel de la lutte contre l’exclusion sociale. Il ne peut cependant jouer ce rôle que si son « maillage » recouvre l’ensemble des quartiers, que si les institutions et les intervenants culturels s’adressent à l’ensemble de la population et non à une seule partie d’entre elle, et que si les quartiers socialement les plus fragiles ne sont pas exclus du maillage des institutions culturelles proprement dites, leur absence dans les quartiers défavorisés socialement et urbanistiquement ajoutant à leur défaveur (on précisera cependant que parce qu'elle est la seule institution culturelle présente dans tous les quartiers, qu'elle est ouverte par définition et par obligation légale à tous les milieux sociaux, qu’elle est un lieu de « brassage » social et qu’elle est fondée sur le choix volontariste de la mixité sociale, l’école publique obligatoire est le premier lieu culturel de lutte contre l’exclusion sociale). La première des conditions d'un usage de la politique culturelle comme politique sociale serait donc de cesser de concentrer les moyens disponibles sur les seules grandes institutions existantes et de concentrer celles-ci en Ville, mais de rassembler pour le financement de ces institutions des moyens actuellement épars, dans le cadre d'une politique d’implantation d’institutions culturelles dans des quartiers et des communes qui en sont dépourvus. Que l’essentiel de la vie culturelle genevoise soit pris en charge par la Ville n’est pas en soi absurde, et relève même, outre de l’héritage, d’une certaine logique, cette commune étant la commune-centre de la région, celle qui définit la région et autour de laquelle la région est organisée. Mais l’ « essentiel » ne doit pas être la totalité, ni le réflexe de centralisation géographique un automatisme. Que la charge matérielle du soutien aux institutions culturelle repose pour l’essentiel sur un seul « porteur », la Ville de Genève, fait courir un risque aussi grave que celui de la fragilisation de ces institutions par cette dépendance : le risque, accru par la « droitisation » du Conseil Municipal de la Ville, de l’abandon de la culture non institutionnelle, de la « culture pauvre », des cultures de l’immigration, de la culture alternative, de la culture d’expérimentation. Or pour les groupes sociaux fragilisés, la participation à cette culture-là est précisément celle qui, dans un premier temps au moins, est la mieux, et parfois la seule, à même de maintenir un lieu social -d’autant qu’elle est souvent faite d’emprunts à la culture de ces milieux eux-mêmes. Et puis, plus fondamentalement, il y a ceci : la création culturelle est créatrice du lien social, qu’elle exprime en même temps qu’elle en invente les nouveaux codes, et en conteste les anciens. Qu’attend la collectivité d’une politique culturelle : qu’elle exprime et pérennise le lien social existant, dans ses codes existants, ou qu’elle exprime la recherche d’un lieu nouveau et l’invention de codes nouveaux ? Qu’elle expose le patrimoine et se contente de cette exposition, par ailleurs indispensable et constitutive de toute politique culturelle, ou accepte d’y ajouter l’exposition, la mise en scène sociale, des contenus culturels non (encore) reconnus comme tels ?
mercredi 1 juin 2011
jeudi 28 avril 2011
La politique culturelle, grande absente du débat électoral genevois
Silence sur la culture dans la ville des mots ?
Tout à Genève, à commencer par Genève elle-même, a procédé de l’échange et de la parole. L’histoire ici n’a pas laissé ces alluvions, ces dépôts matériels empilés les uns sur les autres, siècle après siècle, règne sur règne, et sur quoi se fondent les villes illustres d’Europe. Genève n’est pas moins porteuse d’histoire qu’elles, mais son histoire n’est pas dite par des pierres : elle l’est par des mots. Or sur sa politique culturelle, le débat électoral semble n'avoir rien eu à dire, et sur la politique culturelle, un silence s'est fait, dans la Ville des mots.
« La liberté de l'art, son indépendance vis-à-vis de ce que l'on exige de lui, se fonde dans l'idée d'une société libre et anticipe en un certain sens sa réalisation » (Theodor Adorno)
Genève a la discrétion hautaine, l’orgueilleuse modestie de ses vieux prédicateurs. On n’y trouvera pas de grands monuments, pas de grands ensembles architecturaux, pas de chefs d’oeuvres picturaux ou sculpturaux. On y trouvera d’abord l’air du temps, de tous les temps vécus par la ville ; air où flottent encore la parole de Calvin et les rêves de Rousseau, les imprécations de Voltaire et l’égocentrisme d’Amiel -mais des mots, d’abord, et des mots, surtout. Des mots, parlés et écrits, Genève en est née. Elle est certes ville d’échanges économiques, lieu de passages de populations, lieu de négociations politiques ; elle est surtout ville d’échanges d’idées, de passages de paroles, et surtout de paroles écrites. Ville de marchands devenue République de pasteurs et d’imprimeurs, cité de diplomates et de conspirateurs, refuge de potentats chassés de leurs trônes par des révolutionnaires qui souvent avant eux avaient ici trouvé le même refuge... Ville où l’on achète et vend, parle et écrit, négocie et proclame, et pourtant ville fermée : ville de tractations souterraines, de paroles secrètes, de contacts clandestins, abritant dans une parfaite neutralité les fonds des révolutionnaires et les rapines des potentats, les économies des victimes et les placements des bourreaux. Mais ville, toujours, de mots plus grands qu’elle. Ce qu’est encore cette ville dit ce qu’y fut, et ce qu’y reste essentiellement la culture : une forêt de mots écrits. Genève s’est longtemps méfiée du théâtre, dont les mots sont dits, et plus encore de la danse, qui se passe de mots. Elle n’a longtemps vu dans la musique que ce qu’y apportait le chant : de la parole, encore et toujours -et celle de la Bible, d’abord. Mais si elle tarda à accueillir la théâtre, la danse, la musique, elle eut dès qu’elle put, imprimeurs, libraires, bibliothèques, écoles -et la République calvinienne fut sans doute le premier Etat d’Europe à imposer l’instruction publique et obligatoire, et en une génération, à alphabétiser toute sa population. Il fallait pouvoir lire la Bible ; on lira ensuite bien autre chose, et ayant lu, on écrira, bien, beaucoup, et sur tout. La culture à Genève est d’abord une culture littéraire par quoi tout passait et tout devait passer. Le reste est venu de surcroît, et parfois en y mettant bien longtemps : la République n’eut pas de théâtre pendant 150 ans, pas de ballet pendant 250 ans, pas de véritable orchestre symphonique avant Ernest Ansermet. Ville de mots et de chiffres, ville kabbalistique où les chiffres cachent des mots et les mots se mesurent en chiffres, Genève parle, écrit, compte, échange -elle ne dépense ni ne se dépense sans que quelque chose ne l’y force. On n’aime pas l’inutile, l’ostentatoire, le somptuaire. On croit ne jamais parler qu’à bon escient, ne jamais dépenser que ce qu’il faut. On finit par ne plus parler que pour redire que ce qui déjà fut dit, et par n’avoir de politique culturelle que celle du patrimoine et des grandes institutions productrices de représentation culturelle. Avez-vous beaucoup entendu parler de culture, pendant cette campagne électorale qui s'achève ? Est-ce parce que l'on nous serine que nous sommes entrée dans la « société de l'image » que les mots seraient devenus inutiles, quand on n'a jamais réussi à dire un projet politique, une ambition politique, un rêve de République autrement que par eux, et que le silence sur la culture ne peut signer qu'une absence de culture politique ?
Tout à Genève, à commencer par Genève elle-même, a procédé de l’échange et de la parole. L’histoire ici n’a pas laissé ces alluvions, ces dépôts matériels empilés les uns sur les autres, siècle après siècle, règne sur règne, et sur quoi se fondent les villes illustres d’Europe. Genève n’est pas moins porteuse d’histoire qu’elles, mais son histoire n’est pas dite par des pierres : elle l’est par des mots. Or sur sa politique culturelle, le débat électoral semble n'avoir rien eu à dire, et sur la politique culturelle, un silence s'est fait, dans la Ville des mots.
« La liberté de l'art, son indépendance vis-à-vis de ce que l'on exige de lui, se fonde dans l'idée d'une société libre et anticipe en un certain sens sa réalisation » (Theodor Adorno)
Genève a la discrétion hautaine, l’orgueilleuse modestie de ses vieux prédicateurs. On n’y trouvera pas de grands monuments, pas de grands ensembles architecturaux, pas de chefs d’oeuvres picturaux ou sculpturaux. On y trouvera d’abord l’air du temps, de tous les temps vécus par la ville ; air où flottent encore la parole de Calvin et les rêves de Rousseau, les imprécations de Voltaire et l’égocentrisme d’Amiel -mais des mots, d’abord, et des mots, surtout. Des mots, parlés et écrits, Genève en est née. Elle est certes ville d’échanges économiques, lieu de passages de populations, lieu de négociations politiques ; elle est surtout ville d’échanges d’idées, de passages de paroles, et surtout de paroles écrites. Ville de marchands devenue République de pasteurs et d’imprimeurs, cité de diplomates et de conspirateurs, refuge de potentats chassés de leurs trônes par des révolutionnaires qui souvent avant eux avaient ici trouvé le même refuge... Ville où l’on achète et vend, parle et écrit, négocie et proclame, et pourtant ville fermée : ville de tractations souterraines, de paroles secrètes, de contacts clandestins, abritant dans une parfaite neutralité les fonds des révolutionnaires et les rapines des potentats, les économies des victimes et les placements des bourreaux. Mais ville, toujours, de mots plus grands qu’elle. Ce qu’est encore cette ville dit ce qu’y fut, et ce qu’y reste essentiellement la culture : une forêt de mots écrits. Genève s’est longtemps méfiée du théâtre, dont les mots sont dits, et plus encore de la danse, qui se passe de mots. Elle n’a longtemps vu dans la musique que ce qu’y apportait le chant : de la parole, encore et toujours -et celle de la Bible, d’abord. Mais si elle tarda à accueillir la théâtre, la danse, la musique, elle eut dès qu’elle put, imprimeurs, libraires, bibliothèques, écoles -et la République calvinienne fut sans doute le premier Etat d’Europe à imposer l’instruction publique et obligatoire, et en une génération, à alphabétiser toute sa population. Il fallait pouvoir lire la Bible ; on lira ensuite bien autre chose, et ayant lu, on écrira, bien, beaucoup, et sur tout. La culture à Genève est d’abord une culture littéraire par quoi tout passait et tout devait passer. Le reste est venu de surcroît, et parfois en y mettant bien longtemps : la République n’eut pas de théâtre pendant 150 ans, pas de ballet pendant 250 ans, pas de véritable orchestre symphonique avant Ernest Ansermet. Ville de mots et de chiffres, ville kabbalistique où les chiffres cachent des mots et les mots se mesurent en chiffres, Genève parle, écrit, compte, échange -elle ne dépense ni ne se dépense sans que quelque chose ne l’y force. On n’aime pas l’inutile, l’ostentatoire, le somptuaire. On croit ne jamais parler qu’à bon escient, ne jamais dépenser que ce qu’il faut. On finit par ne plus parler que pour redire que ce qui déjà fut dit, et par n’avoir de politique culturelle que celle du patrimoine et des grandes institutions productrices de représentation culturelle. Avez-vous beaucoup entendu parler de culture, pendant cette campagne électorale qui s'achève ? Est-ce parce que l'on nous serine que nous sommes entrée dans la « société de l'image » que les mots seraient devenus inutiles, quand on n'a jamais réussi à dire un projet politique, une ambition politique, un rêve de République autrement que par eux, et que le silence sur la culture ne peut signer qu'une absence de culture politique ?
lundi 28 mars 2011
Musée d'Art et d'Histoire, Fondation Gandur, collections, laboratoire :Que la lumière soit !
En mars dernier, le Conseil administratif, au nom de la Ville de Genève, a conclu, pour financer le projet « Nouvel » d'agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire (le coût initial du projet était de 80 millions, il est aujourd'hui de 110 millions, le temps passant il continuera de grimper ), une convention engageant la Ville pour un siècle avec une fondation privée créée trois mois auparavant, la Fondation Gandur pour l'art, dont l'acte de fondation stipule que ses buts peuvent être modifiés par le fondateur, et qui, en échange de sa participation financière éventuelle au projet Nouvel (s'il se réalise installerait son propre musée privé dans le musée public Deux mois plus tard, il était annoncé que le Service de surveillance des fondations et des institutions de prévoyance du canton de Genève n'était plus l'autorité de surveillance de la fondation avec laquelle la Ville de Genève venait de s'engager pour un siècle mais et que cette surveillance était passée au Département fédéral de l'Intérieur. De quoi s'interroger, non ?
Ajouter des oppositions évitables aux oppositions inévitables ?
Qu'est-ce, au juste, que la Fondation Gandur pour l'Art ? Avec qui au juste la Ville de Genève a-t-elle conclu une convention l'engageant pour un siècle à collaborer avec une fondation privée, et à l'héberger dans une sorte de petit musée privé dans le musée public, en échange d'une éventuelle participation à l'agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire selon le projet Nouvel, ? On conviendra que ces questions sont assez pertinentes, et qu'il est assez légitime que des Conseillères municipales et des conseillers municipaux se les posent -et les posent à la Fondation. Il s'en trouve cependant, de ces conseillères et conseillers, pour refuser de les poser, et de se les poser. La Commission du Conseil municipal qui étudiait le convention passée entre la Ville de Genève et la Fondation Gandur ayant courageusement refusé d'auditionner celle-ci, la question suivante a été posée oralement, en séance plénière du Conseil municipal au Conseil administratif : Le Conseil administratif peut-il nous dire qui est aujourd'hui l'autorité de surveillance de la Fondation Gandur et nous assurer que désormais, les Conseillères et Conseillers municipaux désireux de savoir avec qui, précisément, la Ville conclut des conventions pour un siècle, pourront recevoir les informations utiles à leur appréciation de ces conventions,au fur et à mesure que ces informations pourront leur être données, même si telle ou telle commission du Conseil Municipal refuse d'en savoir plus, ou si les conseillères et conseillers municipaux animés d'une saine curiosité devront demander à la Cour des Comptes de se saisir du dossier ? La réponse du Conseil administratif a été, en substance la suivante : On ne sait pas vraiment qui est l'autorité de surveillance de la fondation, le service cantonal de surveillance des fondations est persuadé l'être encore alors que la Feuille officielle suisse du commerce a annoncé qu'il ne l'était plus; quant aux conventions conclues par le Département de la Culture avec des fondations privées, si elles ne sont pas disponibles sur le site internet du DAC, il les y mettra. Nous restait-il d'autre moyen d'en savoir plus sur la Fondation Gandur que celui de suggérer à la Cour des Comptes de se saisir du dossier ? c'est désormais chose faite, parallèlement au dépôt d'une motion demandant une « réelle visibilité de l'enrichissement des collections municipales », la liste des objets donnés ou déposés au MAH et des expertises réalisées par le laboratoire scientifique du musée, laboratoire menacé de fermeture et d'externalisation au moins partielles. Le directeur du musée perçoit, dans ces démarches, de la « malveillance à l'égard du musée ». Et si ce n'était au contraire que de la bienveillance, celle que l'on doit à la mission de service public d'une institution centrale du maillage culturel genevois -de la bienveillance à son égard, et à l'égard du critère de transparence, tant en ce qui concerne les collections du musée que la convention passée avec la Fondation Gandur ? Nous voulons en savoir plus, pour savoir ce que nous avons à soutenir, à enrichir, à agrandir. Rien ne menacerait plus le projet d'agrandissement du MAH que des doutes sur les conditions dans lesquelles il se réaliserait. Ce projet sera combattu par référendum. Dans un vote référendaire, les oppositions s'additionnent : l'opposition patrimoniale au projet Nouvel, l'opposition financière à son coût, l'opposition culturelle à sa démarche, l'opposition obsidionale à tout projet culturel... il n'est pas indispensable d'y ajouter une opposition fondée sur une exigence non remplie de transparence. Cette opposition-là est évitable, mais il semble que la droite municipale, et ses alliés d'occasion, ne veuillent pas l'éviter, et on se demande pourquoi.
Ajouter des oppositions évitables aux oppositions inévitables ?
Qu'est-ce, au juste, que la Fondation Gandur pour l'Art ? Avec qui au juste la Ville de Genève a-t-elle conclu une convention l'engageant pour un siècle à collaborer avec une fondation privée, et à l'héberger dans une sorte de petit musée privé dans le musée public, en échange d'une éventuelle participation à l'agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire selon le projet Nouvel, ? On conviendra que ces questions sont assez pertinentes, et qu'il est assez légitime que des Conseillères municipales et des conseillers municipaux se les posent -et les posent à la Fondation. Il s'en trouve cependant, de ces conseillères et conseillers, pour refuser de les poser, et de se les poser. La Commission du Conseil municipal qui étudiait le convention passée entre la Ville de Genève et la Fondation Gandur ayant courageusement refusé d'auditionner celle-ci, la question suivante a été posée oralement, en séance plénière du Conseil municipal au Conseil administratif : Le Conseil administratif peut-il nous dire qui est aujourd'hui l'autorité de surveillance de la Fondation Gandur et nous assurer que désormais, les Conseillères et Conseillers municipaux désireux de savoir avec qui, précisément, la Ville conclut des conventions pour un siècle, pourront recevoir les informations utiles à leur appréciation de ces conventions,au fur et à mesure que ces informations pourront leur être données, même si telle ou telle commission du Conseil Municipal refuse d'en savoir plus, ou si les conseillères et conseillers municipaux animés d'une saine curiosité devront demander à la Cour des Comptes de se saisir du dossier ? La réponse du Conseil administratif a été, en substance la suivante : On ne sait pas vraiment qui est l'autorité de surveillance de la fondation, le service cantonal de surveillance des fondations est persuadé l'être encore alors que la Feuille officielle suisse du commerce a annoncé qu'il ne l'était plus; quant aux conventions conclues par le Département de la Culture avec des fondations privées, si elles ne sont pas disponibles sur le site internet du DAC, il les y mettra. Nous restait-il d'autre moyen d'en savoir plus sur la Fondation Gandur que celui de suggérer à la Cour des Comptes de se saisir du dossier ? c'est désormais chose faite, parallèlement au dépôt d'une motion demandant une « réelle visibilité de l'enrichissement des collections municipales », la liste des objets donnés ou déposés au MAH et des expertises réalisées par le laboratoire scientifique du musée, laboratoire menacé de fermeture et d'externalisation au moins partielles. Le directeur du musée perçoit, dans ces démarches, de la « malveillance à l'égard du musée ». Et si ce n'était au contraire que de la bienveillance, celle que l'on doit à la mission de service public d'une institution centrale du maillage culturel genevois -de la bienveillance à son égard, et à l'égard du critère de transparence, tant en ce qui concerne les collections du musée que la convention passée avec la Fondation Gandur ? Nous voulons en savoir plus, pour savoir ce que nous avons à soutenir, à enrichir, à agrandir. Rien ne menacerait plus le projet d'agrandissement du MAH que des doutes sur les conditions dans lesquelles il se réaliserait. Ce projet sera combattu par référendum. Dans un vote référendaire, les oppositions s'additionnent : l'opposition patrimoniale au projet Nouvel, l'opposition financière à son coût, l'opposition culturelle à sa démarche, l'opposition obsidionale à tout projet culturel... il n'est pas indispensable d'y ajouter une opposition fondée sur une exigence non remplie de transparence. Cette opposition-là est évitable, mais il semble que la droite municipale, et ses alliés d'occasion, ne veuillent pas l'éviter, et on se demande pourquoi.
samedi 15 janvier 2011
Brèves
La droite traditionnelle de la Ville de Genève (libéraux, radicaux, démo-chrétiens) a trouvé une porte ouverte à enfoncer : le statut du Grand Théâtre. Dont elle fait mine de se préoccuper, dans une motion déposée au Conseil Municipal -mais qui ne sera pas traitée avant des mois, alors que la Fondation du Grand Théâtre doit elle-même rendre un rapport, élaboré par l'ancien Conseiller d'Etat Guy Olivier Segond, sur les trois termes de l'alternative qui s'offre à la Ville : un statu quo amélioré (le GTG reste une Fondation de droit public), l'« autonomisation » (réclamée par la droite), et la gestion directe (l'opéra devient une institution municipale comme les grands musées). La droite municipale réclame la transformation de la Fondation du Grand Théâtre en institution autonome, dont « l'autonomie » n'empêcherait pas qu'elle soit sous perfusion financière de la Ville, qui lui consacre déjà entre 40 et 50 millions par année, mais priverait la Ville de la possibilité de tout contrôle réel sur l'institution qu'elle paie. Dans tous les cas, changer le statut du Grand Théâtre ne dépend même pas de la Ville, qui pourtant assure matériellement l'existence de l'institution, mais du Canton, puisque ce statut est voté par le Grand Conseil et a force de loi. Or le Canton n'accorde àl'opéra, pour tout soutien financier, que 50'000 francs, soit àpeine plus d'un millième de ce que la Ville lui accorde. On est donc dans l'intéressante situation où c'est celui qui ne paie pas qui commande, et celui qui paie qui doit se débrouiller pour trouver une solution aux incohérences du statut de l'institution -dont la majorité du personnel est, et sera de plus en plus, du personnel municipal, sous statut de la fonction publique municipale. Amusant, non ? Ben oui, ce sont les charmes discrets de la politique culturelle àla genevoise...
Alors que le projet de budget cantonal genevois proposé par le Conseil d'Etat contenait une (modeste) augmentation de deux millions de francs des fonds affectés au soutien àla culture, dont 400'000 francs destinés àla future Fondation romande du cinéma, la majorité de droite de la commission des Finances du Grand Conseil a proposé de supprimer ces augmentations. Le 17 décembre, le Grand Conseil pourrait suivre cet avis, la majorité politique étant la même en commission en en plénière. Ce qui donnerait un premier signal clair sur la réalité de la volonté affirmée par àpeu près tout le monde, après la remise du rapport de la commission d'experts créée pour plancher sur une nouvelle loi cantonale sur la culture (CELAC), d'un engagement plus fort du canton dans la politique culturelle, notamment par rapport àl'engagement déterminant de la Ville de Genève. Un signal clair : celui d'en rester au verbiage, et de n'assumer aucune charge matérielle supplémentaire. Un refus de la participation cantonale à la Fondation romande du cinéma, créée en partenariat avec d'autres cantons et avec les villes de Genève et Lausanne, dirait encore plus clairement ce que valent les discours de la droite genevoise sur le soutien àla culture : rien
« Le Courrier » de mardi nous l'apprend (sans d'ailleurs vraiment nous l'apprendre, parce qu'à vrai dire, on s'en doutait un peu, beaucoup) : l'extension et la rénovation du Musée d'Art et d'Histoire, liées au projet Nouvel, coûtera bien plus cher que prévu : autour des 100 millions, voire plus, au lieu des 80 millions prévus. Explications du directeur du MAH : l'intégration au MAH des pièces des anciens Musée de l'Horlogerie et Musée des Instruments anciens de musique s'ajoute au renchérissement des coûts de construction. Qui devrait payer les vingt millions (ou plus) de surcoûts ? La Ville et les donateurs privés devaient se partager la facture de 80 millions. Soit 40 millions pour la Ville, et 40 millions pour les privés, dont 20 millions garantis par la Fondation de Jean-Claude Gandur, en échange d'une convention qui lui accorde une part des nouveaux espaces du musée pour sa collection et ses bureaux, et charge la Ville de la presque totalité des dépenses liées à l'exposition des pièces de cette collection. Donc s'il faut trouver 20 millions supplémentaires, est-ce que la Ville devra en allonger dix et les privés également dix ? De toute façon, y'a pas de raison de paniquer : il est assez vraisemblable, pour user d'un euphémisme, qu'un référendum sera lancé contre le projet, que ce référendum aboutira, que le peuple devra voter -et s'il se confirme que la convention passée avec la Fondation Gandur revient àloger (et à payer) le musée privé du négociant en pétrole dans le musée public en échange de 20 millions, il est tout aussi vraisemblable que la gauche soutiendra le référendum et appellera à voter « non » au projet Nouvel. Qui ne coûterait donc rien du tout, puisqu'il ne se ferait pas.
On a lu ça, dans la prise de position de la «Conférence des villes (suisses) en matière culturelle », dont Genève fait évidemment partie :
« Bien que les villes aient conscience de la précarité des conditions financières et témoignent de la compréhension pour la politique financière prudente qui en résulte, nous déplorons la stagnation actuelle du volume des crédits destinés à l’encouragement de la culture et le fait que la Confédération ne veuille pas intensifier son engagement après l’entrée en vigueur de la LEC. Il n’existe aucune marge de manœuvre qui permettrait de poursuivre le développement des mesures d’encouragement sans entraîner de compensation budgétaire interne ainsi que l’étiolement des activités promotionnelles. La même remarque s’applique aux nouvelles tâches légales comme la formation musicale. Dans un cadre budgétaire constant, il devient inéluctable de déterminer des priorités dans les différentes mesures. Outre les tâches fixées dans la loi, telles l’encouragement du cinéma et la protection du patrimoine historique, il serait généralement souhaitable que la Confédération intensifie son engagement notamment dans les échanges internationaux ainsi que dans le soutien aux activités et institutions des villes d’importance nationale et / ou qui bénéficient d’un rayonnement international ».
Bon, ben c'est bien dit tout ça, on l'emballe et on livre tel quel au canton de Genève, y'a pas grand chose à changer pour que ça corresponde à ce que les villes genevoises auraient à dire au canton en matière de ressources financières allouées à la culture. Et là, c'est pas une Genferei de plus : simplement une déclinaison locale de l'inertie fédérale.
Une convention quadriennale de subventionnement a été signée en juin 2010 entre la Ville de Genève, le canton et l'Association pour la danse contemporaine (ADC). Elle accorde à l'ADC une subvention de la Ville de 773'200 francs, plus 40'000 francs pour la participation de l'ADC à la Fête de la Musique, et une subvention cantonale de 200'000 francs en 2010, 320'000 francs en 2011, 370'000 francs en 2012 et 400'000 francs en 2013. On progresse donc dans le partage des soutiens financiers à la culture entre la Ville et le canton. On progresse, mais prudemment. A petits pas soigneusement comptés : en 2013, la subvention cantonale n'atteindra toujours pas la moitié de la subvention municipale...
Alors que le projet de budget cantonal genevois proposé par le Conseil d'Etat contenait une (modeste) augmentation de deux millions de francs des fonds affectés au soutien àla culture, dont 400'000 francs destinés àla future Fondation romande du cinéma, la majorité de droite de la commission des Finances du Grand Conseil a proposé de supprimer ces augmentations. Le 17 décembre, le Grand Conseil pourrait suivre cet avis, la majorité politique étant la même en commission en en plénière. Ce qui donnerait un premier signal clair sur la réalité de la volonté affirmée par àpeu près tout le monde, après la remise du rapport de la commission d'experts créée pour plancher sur une nouvelle loi cantonale sur la culture (CELAC), d'un engagement plus fort du canton dans la politique culturelle, notamment par rapport àl'engagement déterminant de la Ville de Genève. Un signal clair : celui d'en rester au verbiage, et de n'assumer aucune charge matérielle supplémentaire. Un refus de la participation cantonale à la Fondation romande du cinéma, créée en partenariat avec d'autres cantons et avec les villes de Genève et Lausanne, dirait encore plus clairement ce que valent les discours de la droite genevoise sur le soutien àla culture : rien
« Le Courrier » de mardi nous l'apprend (sans d'ailleurs vraiment nous l'apprendre, parce qu'à vrai dire, on s'en doutait un peu, beaucoup) : l'extension et la rénovation du Musée d'Art et d'Histoire, liées au projet Nouvel, coûtera bien plus cher que prévu : autour des 100 millions, voire plus, au lieu des 80 millions prévus. Explications du directeur du MAH : l'intégration au MAH des pièces des anciens Musée de l'Horlogerie et Musée des Instruments anciens de musique s'ajoute au renchérissement des coûts de construction. Qui devrait payer les vingt millions (ou plus) de surcoûts ? La Ville et les donateurs privés devaient se partager la facture de 80 millions. Soit 40 millions pour la Ville, et 40 millions pour les privés, dont 20 millions garantis par la Fondation de Jean-Claude Gandur, en échange d'une convention qui lui accorde une part des nouveaux espaces du musée pour sa collection et ses bureaux, et charge la Ville de la presque totalité des dépenses liées à l'exposition des pièces de cette collection. Donc s'il faut trouver 20 millions supplémentaires, est-ce que la Ville devra en allonger dix et les privés également dix ? De toute façon, y'a pas de raison de paniquer : il est assez vraisemblable, pour user d'un euphémisme, qu'un référendum sera lancé contre le projet, que ce référendum aboutira, que le peuple devra voter -et s'il se confirme que la convention passée avec la Fondation Gandur revient àloger (et à payer) le musée privé du négociant en pétrole dans le musée public en échange de 20 millions, il est tout aussi vraisemblable que la gauche soutiendra le référendum et appellera à voter « non » au projet Nouvel. Qui ne coûterait donc rien du tout, puisqu'il ne se ferait pas.
On a lu ça, dans la prise de position de la «Conférence des villes (suisses) en matière culturelle », dont Genève fait évidemment partie :
« Bien que les villes aient conscience de la précarité des conditions financières et témoignent de la compréhension pour la politique financière prudente qui en résulte, nous déplorons la stagnation actuelle du volume des crédits destinés à l’encouragement de la culture et le fait que la Confédération ne veuille pas intensifier son engagement après l’entrée en vigueur de la LEC. Il n’existe aucune marge de manœuvre qui permettrait de poursuivre le développement des mesures d’encouragement sans entraîner de compensation budgétaire interne ainsi que l’étiolement des activités promotionnelles. La même remarque s’applique aux nouvelles tâches légales comme la formation musicale. Dans un cadre budgétaire constant, il devient inéluctable de déterminer des priorités dans les différentes mesures. Outre les tâches fixées dans la loi, telles l’encouragement du cinéma et la protection du patrimoine historique, il serait généralement souhaitable que la Confédération intensifie son engagement notamment dans les échanges internationaux ainsi que dans le soutien aux activités et institutions des villes d’importance nationale et / ou qui bénéficient d’un rayonnement international ».
Bon, ben c'est bien dit tout ça, on l'emballe et on livre tel quel au canton de Genève, y'a pas grand chose à changer pour que ça corresponde à ce que les villes genevoises auraient à dire au canton en matière de ressources financières allouées à la culture. Et là, c'est pas une Genferei de plus : simplement une déclinaison locale de l'inertie fédérale.
Une convention quadriennale de subventionnement a été signée en juin 2010 entre la Ville de Genève, le canton et l'Association pour la danse contemporaine (ADC). Elle accorde à l'ADC une subvention de la Ville de 773'200 francs, plus 40'000 francs pour la participation de l'ADC à la Fête de la Musique, et une subvention cantonale de 200'000 francs en 2010, 320'000 francs en 2011, 370'000 francs en 2012 et 400'000 francs en 2013. On progresse donc dans le partage des soutiens financiers à la culture entre la Ville et le canton. On progresse, mais prudemment. A petits pas soigneusement comptés : en 2013, la subvention cantonale n'atteindra toujours pas la moitié de la subvention municipale...
mardi 11 janvier 2011
Financement de la politique culturelle genevoise :La Ville raque, le canton glande
Aujourd'hui, une semaine après celui de la Commune, le parlement de la République se plonge dans les délices de l'examen du budget. Il y passera sans doute moins de temps, même si l'extrême-droite menace de parasiter le débat en s'accrochant au micro et en multipliant les amendements (comme le fit d'ailleurs la droite traditionnelle municipale, en sachant pertinemment l'inutilité de l'exercice puisqu'il était établi que le budget de la Municipalité de gauche serait voté par la majorité de gauche...). La préparation du projet de budget cantonal, en commission, a été marquée par une offensive de la droite, refusant, dans au moins trois domaines sensibles et prioritaires (l'hôpital, la mobilité et la culture) les modestes efforts supplémentaires proposés par le gouvernement. S'agissant de la culture, ce refus initial de la droite d'accorder deux misérables millions de plus (dont 900'000 francs afin de créer la Fondation romande pour le cinéma) illustre on ne peut mieux, et on ne peut plus clairement, la vacuité, ou l'hypocrisie, ou les deux à la fois, du discours tenu par la droite sur la nécessité d'un « plus fort engagement du canton », aux côtés de la Ville. Ou face à elle. Qui a encore accru son effort budgétaire en faveur de la culture, quand le canton mégote sur le sien.
Faire passer le budget. Et trépasser les ambitions culturelles ?
A ce qu'il semble, un accord a été trouvé entre partis «gouvernementaux» (hors l'extrême-droite, il n'y a d'ailleurs plus que cela au Grand Conseil, dès lors que ni les socialistes ni, et encore moins, les Verts n'arrivent à se concevoir comme partis d'opposition, puisqu'ils sont supposés être représentés au Conseil d'Etat) pour «faire passer» le budget au parlement. On remarquera au passage l'étrangeté de l'expression, dont on se souviendra qu'elle résumait la fonction des « faiseuses d'ange » au temps, pas si ancien (et que d'aucuns regrettent), où l'avortement était un crime. Bref, libéraux, radicaux, démo-chrétiens, socialistes et Verts pourraient, demain, s'être mis d'accord sur la récupération en plénières d'allocations budgétaires rabotées en commission : quatre millions de plus pour l'hôpital cantonal, entre cinq et six postes de plus pour la Direction générale de la mobilité, et deux millions de plus pour la culture... deux petits, tout petits millions. Une paille, qui contraste avec la poutre des ambitions de l'avant.-projet de loi sur la culture, qui propose que le 1 % du budget cantonal soit affecté au renforcement de la présence et de l'action de la République dans un champ où jusqu'à présent il lui a fort convenu de laisser s'ébrouer la Commune. Car si Genève, au sens le plus restrictif, c'est 46 espaces institutionnels : 45 communes, et le canton, sur le terrain de la politique culturelle, de ces 46 acteurs, 35 sont absents, 10 sont présents (dont le canton), un est omniprésent (la Ville). Le cadre légal, et constitutionnel, de la politique culturel devrait permettre de rompre ce face-à -face de la Ville et du canton, face à face d'ailleurs marqué par l'extraordinaire inégalité des moyens consacrés à la culture : la Ville y consacre le cinquième de son budget, soit 230 millions (en gros), le canton un demi-pourcent du sien, soit environ 30 millions (si l'on ne tient pas compte des écoles d'art). Les bonnes intentions et les belles proclamations d'un projet de loi sont une chose. Par quoi elles se traduisent en est une autre. Le projet de loi est plein de promesses -il reste à les tenir. On ne se contentera donc pas d'un simple transfert de moyens d'un budget municipal à un budget cantonal. On attend des actes, qui ne soient pas des ukazes - des actes qui élargissent le champ culturel plutôt que l'administrer d'« en haut ». Ces actes ne viennent pas, et rien, aujourd'hui, n'indique qu'ils vont venir, sauf à considérer comme une grande victoire le rétablissement de deux modestes, humbles, misérables, millions de dépenses culturelles cantonales supplémentaires. S'en contenter serait se contenter de bien peu. Mais au moins ce misérabilisme fixe-t-il l'étiage de la cohérence politique de la droite cantonale. Et de la combattivité de la gauche. Il est vrai qu'au parlement, il n'en est plus que « gouvernementale ». Mais dans un gouvernement de droite.
Faire passer le budget. Et trépasser les ambitions culturelles ?
A ce qu'il semble, un accord a été trouvé entre partis «gouvernementaux» (hors l'extrême-droite, il n'y a d'ailleurs plus que cela au Grand Conseil, dès lors que ni les socialistes ni, et encore moins, les Verts n'arrivent à se concevoir comme partis d'opposition, puisqu'ils sont supposés être représentés au Conseil d'Etat) pour «faire passer» le budget au parlement. On remarquera au passage l'étrangeté de l'expression, dont on se souviendra qu'elle résumait la fonction des « faiseuses d'ange » au temps, pas si ancien (et que d'aucuns regrettent), où l'avortement était un crime. Bref, libéraux, radicaux, démo-chrétiens, socialistes et Verts pourraient, demain, s'être mis d'accord sur la récupération en plénières d'allocations budgétaires rabotées en commission : quatre millions de plus pour l'hôpital cantonal, entre cinq et six postes de plus pour la Direction générale de la mobilité, et deux millions de plus pour la culture... deux petits, tout petits millions. Une paille, qui contraste avec la poutre des ambitions de l'avant.-projet de loi sur la culture, qui propose que le 1 % du budget cantonal soit affecté au renforcement de la présence et de l'action de la République dans un champ où jusqu'à présent il lui a fort convenu de laisser s'ébrouer la Commune. Car si Genève, au sens le plus restrictif, c'est 46 espaces institutionnels : 45 communes, et le canton, sur le terrain de la politique culturelle, de ces 46 acteurs, 35 sont absents, 10 sont présents (dont le canton), un est omniprésent (la Ville). Le cadre légal, et constitutionnel, de la politique culturel devrait permettre de rompre ce face-à -face de la Ville et du canton, face à face d'ailleurs marqué par l'extraordinaire inégalité des moyens consacrés à la culture : la Ville y consacre le cinquième de son budget, soit 230 millions (en gros), le canton un demi-pourcent du sien, soit environ 30 millions (si l'on ne tient pas compte des écoles d'art). Les bonnes intentions et les belles proclamations d'un projet de loi sont une chose. Par quoi elles se traduisent en est une autre. Le projet de loi est plein de promesses -il reste à les tenir. On ne se contentera donc pas d'un simple transfert de moyens d'un budget municipal à un budget cantonal. On attend des actes, qui ne soient pas des ukazes - des actes qui élargissent le champ culturel plutôt que l'administrer d'« en haut ». Ces actes ne viennent pas, et rien, aujourd'hui, n'indique qu'ils vont venir, sauf à considérer comme une grande victoire le rétablissement de deux modestes, humbles, misérables, millions de dépenses culturelles cantonales supplémentaires. S'en contenter serait se contenter de bien peu. Mais au moins ce misérabilisme fixe-t-il l'étiage de la cohérence politique de la droite cantonale. Et de la combattivité de la gauche. Il est vrai qu'au parlement, il n'en est plus que « gouvernementale ». Mais dans un gouvernement de droite.
samedi 1 janvier 2011
Statut du Grand Théâtre : De l'« autonomie » comme camouflage
La droite traditionnelle de la Ville de Genève (libéraux, radicaux, démo-chrétiens) a trouvé une porte ouverte à enfoncer : le statut du Grand Théâtre. Qu'elle fait mine de vouloir réformer, dans une motion déposée au Conseil Municipal alors que la Fondation du Grand Théâtre doit elle-même rendre un rapport, élaboré par l'ancien Conseiller d'Etat Guy Olivier Segond, sur les trois termes de l'alternative qui s'offre à la Ville : un statu quo amélioré (le GTG reste une Fondation de droit public), l'« autonomisation » (réclamée par la droite), et la gestion directe (l'opéra devient une institution municipale comme les grands musées), dont on ne cachera pas plus longtemps qu'elle a notre préférence, d'autant que dès l'année prochaine, la quasi totalité du personnel « non artistique » du GTG fera partie de la fonction publique municipale. Du Grand Théâtre, il s'agit de partager la charge financière, non de la camoufler derrière une « autonomie » factice.
Le charme discret de la bourgeoisie
La droite municipale réclame donc la transformation de la Fondation du Grand Théâtre en institution autonome, dont l'autonomie n'empêcherait pas qu'elle soit sur perfusion financière de la Ville, qui lui consacre déjà entre 40 et 50 millions par année, mais priverait la Ville de la possibilité de tout contrôle réel sur l'institution qu'elle paie. Or changer le statut du Grand Théâtre ne dépend même pas de la Ville, qui pourtant assure matériellement l'existence de l'institution, et y affectera dès l'année prochaine près de 200 fonctionnaires municipaux, mais du Canton, puisque ce statut est voté par le Grand Conseil et a force de loi. Le Canton n'accorde pourtant à l'opéra, pour tout soutien financier, que 50'000 misérables francs, soit à peine plus d'un millième de ce que la Ville lui accorde. On est donc dans l'intéressante situation où celui qui ne paie pas, commande, et où c'est à celui qui paie de se débrouiller pour trouver une solution aux incohérences du statut de l'institution. Ce sont les charmes discrets de la politique culturelle à la genevoise... Les charmes discrets de la bourgeoisie ? Si les opéras comme institutions, le Grand Théâtre, donc, sont historiquement des institutions bourgeoises, quand elles ne sont pas aristocratiques (ce ne sont pas les prolétaires genevois qui ont voulu le Grand Théàtre, et ce ne sont pas eux qui en forment aujourd'hui la majorité du public), l'opéra, comme forme d'expression artistique, n'est bourgeois que dans la mesure où les grandes œuvres du répertoire nous viennent d'un temps où la bourgeoisie était une classe révolutionnaire. Voyez, entendez, ce que nous racontent et nous présentent ces grandes oeuvres, du Couronnement de Popée à Lulu : la morale bourgeoise y est traînée dans la boue, les personnages bourgeois sont ridicules quand ils ne sont pas odieux, les héros sont hors-la-loi, dissidents, insoumis, et quand l'exposé des turpitudes bourgeoises se clôt par un happy end convenu, à la Cosi fan tutte, c'est après trois heures de démolition des convenances... Nous n'avons cessé et ne cesserons dedénoncer l'invraisemblable structure du financement du Grand Théâtre, l'absurdité de faire reposer la principale institution culturelle de la région sur le seul financement communal. Mais cette critique, nous l'inscrivons dans une volonté de défendre cette institution, comme lieu culturel qui ne tient debout que par la volonté politique d'une collectivité publique. La nostalgie n'est plus ce qu'elle était : nous ne sommes plus dans les heureuses années 60' et 70' du siècle dernier, où nous pouvions nous permettre d'opposer culture bourgeoise et contre-culture et de brandir le Centre autonome contre le Grand Théâtre, ni dans les heureuses années nonante où nous pouvions nous offrir le luxe d'opposer culture institutionnelle et culture alternative. Nous sommes dans un moment où n'importe quel lieu culturel, qu'il soit institutionnel ou alternatif, patrimonial ou émergent, est à défendre, non contre un autre lieu culturel, mais contre le mercantilisme. Un moment où nous avons à défendre à la fois le Grand Théâtre et l'Usine, le nouveau musée d'ethnographie et la Cave 12. Un moment où nous avons à choisir entre les lieux culturels, même institutionnels, et les supermarchés. Un moment où nous n'avons pas à choisir entre plusieurs cultures, mais entre la culture et la marchandise. Et contrairement à la majorité politique du Grand Conseil, nous choisissons la culture.
Le charme discret de la bourgeoisie
La droite municipale réclame donc la transformation de la Fondation du Grand Théâtre en institution autonome, dont l'autonomie n'empêcherait pas qu'elle soit sur perfusion financière de la Ville, qui lui consacre déjà entre 40 et 50 millions par année, mais priverait la Ville de la possibilité de tout contrôle réel sur l'institution qu'elle paie. Or changer le statut du Grand Théâtre ne dépend même pas de la Ville, qui pourtant assure matériellement l'existence de l'institution, et y affectera dès l'année prochaine près de 200 fonctionnaires municipaux, mais du Canton, puisque ce statut est voté par le Grand Conseil et a force de loi. Le Canton n'accorde pourtant à l'opéra, pour tout soutien financier, que 50'000 misérables francs, soit à peine plus d'un millième de ce que la Ville lui accorde. On est donc dans l'intéressante situation où celui qui ne paie pas, commande, et où c'est à celui qui paie de se débrouiller pour trouver une solution aux incohérences du statut de l'institution. Ce sont les charmes discrets de la politique culturelle à la genevoise... Les charmes discrets de la bourgeoisie ? Si les opéras comme institutions, le Grand Théâtre, donc, sont historiquement des institutions bourgeoises, quand elles ne sont pas aristocratiques (ce ne sont pas les prolétaires genevois qui ont voulu le Grand Théàtre, et ce ne sont pas eux qui en forment aujourd'hui la majorité du public), l'opéra, comme forme d'expression artistique, n'est bourgeois que dans la mesure où les grandes œuvres du répertoire nous viennent d'un temps où la bourgeoisie était une classe révolutionnaire. Voyez, entendez, ce que nous racontent et nous présentent ces grandes oeuvres, du Couronnement de Popée à Lulu : la morale bourgeoise y est traînée dans la boue, les personnages bourgeois sont ridicules quand ils ne sont pas odieux, les héros sont hors-la-loi, dissidents, insoumis, et quand l'exposé des turpitudes bourgeoises se clôt par un happy end convenu, à la Cosi fan tutte, c'est après trois heures de démolition des convenances... Nous n'avons cessé et ne cesserons dedénoncer l'invraisemblable structure du financement du Grand Théâtre, l'absurdité de faire reposer la principale institution culturelle de la région sur le seul financement communal. Mais cette critique, nous l'inscrivons dans une volonté de défendre cette institution, comme lieu culturel qui ne tient debout que par la volonté politique d'une collectivité publique. La nostalgie n'est plus ce qu'elle était : nous ne sommes plus dans les heureuses années 60' et 70' du siècle dernier, où nous pouvions nous permettre d'opposer culture bourgeoise et contre-culture et de brandir le Centre autonome contre le Grand Théâtre, ni dans les heureuses années nonante où nous pouvions nous offrir le luxe d'opposer culture institutionnelle et culture alternative. Nous sommes dans un moment où n'importe quel lieu culturel, qu'il soit institutionnel ou alternatif, patrimonial ou émergent, est à défendre, non contre un autre lieu culturel, mais contre le mercantilisme. Un moment où nous avons à défendre à la fois le Grand Théâtre et l'Usine, le nouveau musée d'ethnographie et la Cave 12. Un moment où nous avons à choisir entre les lieux culturels, même institutionnels, et les supermarchés. Un moment où nous n'avons pas à choisir entre plusieurs cultures, mais entre la culture et la marchandise. Et contrairement à la majorité politique du Grand Conseil, nous choisissons la culture.
jeudi 16 décembre 2010
Avant-projet de loi sur la culture : qu'en faire ?
Sortir de la guerre de tranchées
Le Parti socialiste, et nous* même, puisqu'il nous* arrive d'être d'accord avec notre* propre parti, avons salué, sans illusions excessives, l'avant-projet de loi sur la culture issu des travaux de la commission d'experts (CELAC). Cet avant-projet exprimait, sur le fond, une position que nous défendons depuis des années, et que défendaient également les milieux culturels regroupés dans le RAAC -dont à notre connaissance nul n'a jamais affirmé qu'il était à lui seul le représentant attitré de toutes celles et ceux qui, à un titre ou un autre, dans un domaine ou un autre, professionnellement ou en amateurs, sont des acteurs culturels. Mais les travaux de la CELAC n'ont rien eu du parcours d'un long fleuve tranquille, et ont plus souvent qu'à leur tour été le théâtre d'une véritable guerre de tranchée entre la Ville et le canton. Le projet qui en est ressorti en porte encore les traces -et le débat qui va s'engager sur l'ultime phase de ce travail, celle du projet de loi qui sera déposé devant le Grand Conseil, n'y échappera pas non plus.
*où l'on s'offre le petit plaisir d'un pluriel de majesté
Et deux siècles et demi après la lettre de Rousseau à d'Alembert...
Que la politique culturelle soit le champ d'un débat politique n'a rien que de très légitime. Que ce débat politique se réduise en un conflit territorial est en revanche assez navrant : la commission chargée de proposer une nouvelle loi sur la culture (CELAC) semble avoir été le théâtre d'un nouvel épisode de la guerre de tranchée que se livrent, sur la politique culturelle, la Ville et le Canton, la première assumant l'essentiel de la charge financière (et de la responsabilité politique) de la politique culturelle de toute la région, le second n'acceptant d'en prendre sa part qu'à la condition que cela lui coûte le moins possible. Cet affrontement tient plus de la guerre tribale que du débat politique : la Ville défend son pré carré, le canton veut agrandir le sien, ni la première, ni le second ne semblent prendre garde à l'impossibilité en laquelle tous deux ainsi se placent de répondre aux trois enjeux de la politique culturelle genevoise : le partage (et non le transfert) des tâches et des charges (le « faire ensemble ») entre toutes les communes et le canton, le respect de la règle « pas de compétence sans charge, pas de charge sans compétence » ; l'ouverture aux communes vaudoises et françaises de la région ; un plus grand engagement, une plus grande responsabilité, une plus grande présence du canton - mais sans que ce renforcement se traduise, dans un jeu à somme nulle, par un affaiblissement de l'engagement, de la responsabilité et de la présence de la Ville. Nous n'avons pas combattu, avec les milieux culturels, un transfert de charge dans un sens pour en accepter un dans l'autre sens, et passer simplement du « qui paie commande » qui résume la situation actuelle, au « je commande, tu paies » en quoi se réduirait l'octroi au canton de compétences légales sans moyens de les concrétiser. Un engagement du canton dans la politique culturelle ne vaudrait que ce que valent les bonnes intentions dont est pavé l'enfer d'un champ culturel administré « d'en haut » si cet engagement se résumait à la production d'ukases tombant sur les communes comme la vérole sur le bas-clergé breton. Une loi sur la culture - ni l'actuelle, ni celle proposée par la CELAC - n'épuise pas le champ de la politique culturelle : une fois le projet de loi accepté, s'il devait l'être, il faudra passer aux choses sérieuses, et affecter les moyens financiers et humains nécessaires pour que le canton devienne un acteur déterminant de la politique culturelle, aux côtés (et non à la place, et moins encore au-dessus) de la Ville et des autres communes. C'est à ce moment-là que l'on pourra juger de la cohérence des engagements pris et mesurer, à l'aune des moyens accordés, de quoi est tissée la belle unanimité rhétorique qui se fait autour du principe d'un engagement culturel accru du canton. En 1758, dans sa « Lettre à M. d'Alembert sur les spectacles », Jean-Jacques disait avoir « fait voir qu'il est absolument impossible qu'un théâtre de comédie se soutienne à Genève par le seul concours des spectateurs. Il faudra donc de deux choses l'une : ou que les riches se cotisent pour le soutenir, charge onéreuse qu'assurément ils ne seront pas d'humeur à supporter longtemps ; ou que l'Etat s'en mêle et le soutienne à ses propres frais ». On en est toujours là, et deux siècles et demi après, il serait temps d'en sortir..
Le Parti socialiste, et nous* même, puisqu'il nous* arrive d'être d'accord avec notre* propre parti, avons salué, sans illusions excessives, l'avant-projet de loi sur la culture issu des travaux de la commission d'experts (CELAC). Cet avant-projet exprimait, sur le fond, une position que nous défendons depuis des années, et que défendaient également les milieux culturels regroupés dans le RAAC -dont à notre connaissance nul n'a jamais affirmé qu'il était à lui seul le représentant attitré de toutes celles et ceux qui, à un titre ou un autre, dans un domaine ou un autre, professionnellement ou en amateurs, sont des acteurs culturels. Mais les travaux de la CELAC n'ont rien eu du parcours d'un long fleuve tranquille, et ont plus souvent qu'à leur tour été le théâtre d'une véritable guerre de tranchée entre la Ville et le canton. Le projet qui en est ressorti en porte encore les traces -et le débat qui va s'engager sur l'ultime phase de ce travail, celle du projet de loi qui sera déposé devant le Grand Conseil, n'y échappera pas non plus.
*où l'on s'offre le petit plaisir d'un pluriel de majesté
Et deux siècles et demi après la lettre de Rousseau à d'Alembert...
Que la politique culturelle soit le champ d'un débat politique n'a rien que de très légitime. Que ce débat politique se réduise en un conflit territorial est en revanche assez navrant : la commission chargée de proposer une nouvelle loi sur la culture (CELAC) semble avoir été le théâtre d'un nouvel épisode de la guerre de tranchée que se livrent, sur la politique culturelle, la Ville et le Canton, la première assumant l'essentiel de la charge financière (et de la responsabilité politique) de la politique culturelle de toute la région, le second n'acceptant d'en prendre sa part qu'à la condition que cela lui coûte le moins possible. Cet affrontement tient plus de la guerre tribale que du débat politique : la Ville défend son pré carré, le canton veut agrandir le sien, ni la première, ni le second ne semblent prendre garde à l'impossibilité en laquelle tous deux ainsi se placent de répondre aux trois enjeux de la politique culturelle genevoise : le partage (et non le transfert) des tâches et des charges (le « faire ensemble ») entre toutes les communes et le canton, le respect de la règle « pas de compétence sans charge, pas de charge sans compétence » ; l'ouverture aux communes vaudoises et françaises de la région ; un plus grand engagement, une plus grande responsabilité, une plus grande présence du canton - mais sans que ce renforcement se traduise, dans un jeu à somme nulle, par un affaiblissement de l'engagement, de la responsabilité et de la présence de la Ville. Nous n'avons pas combattu, avec les milieux culturels, un transfert de charge dans un sens pour en accepter un dans l'autre sens, et passer simplement du « qui paie commande » qui résume la situation actuelle, au « je commande, tu paies » en quoi se réduirait l'octroi au canton de compétences légales sans moyens de les concrétiser. Un engagement du canton dans la politique culturelle ne vaudrait que ce que valent les bonnes intentions dont est pavé l'enfer d'un champ culturel administré « d'en haut » si cet engagement se résumait à la production d'ukases tombant sur les communes comme la vérole sur le bas-clergé breton. Une loi sur la culture - ni l'actuelle, ni celle proposée par la CELAC - n'épuise pas le champ de la politique culturelle : une fois le projet de loi accepté, s'il devait l'être, il faudra passer aux choses sérieuses, et affecter les moyens financiers et humains nécessaires pour que le canton devienne un acteur déterminant de la politique culturelle, aux côtés (et non à la place, et moins encore au-dessus) de la Ville et des autres communes. C'est à ce moment-là que l'on pourra juger de la cohérence des engagements pris et mesurer, à l'aune des moyens accordés, de quoi est tissée la belle unanimité rhétorique qui se fait autour du principe d'un engagement culturel accru du canton. En 1758, dans sa « Lettre à M. d'Alembert sur les spectacles », Jean-Jacques disait avoir « fait voir qu'il est absolument impossible qu'un théâtre de comédie se soutienne à Genève par le seul concours des spectateurs. Il faudra donc de deux choses l'une : ou que les riches se cotisent pour le soutenir, charge onéreuse qu'assurément ils ne seront pas d'humeur à supporter longtemps ; ou que l'Etat s'en mêle et le soutienne à ses propres frais ». On en est toujours là, et deux siècles et demi après, il serait temps d'en sortir..
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