mercredi 27 mai 2015
MAH : Comment jouer un musée au poker (menteur)
En aboutissant au Conseil Municipal, de la Ville de Genève, le débat sur la rénovation et l'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève pouvait-t-il prendre forme politique, ou en rester là où il vagissait depuis des mois ?
On est donc partis droit dans le mur d'un référendum périlleux, ou le poujadisme anticulturel, pour qui toute dépense pour une institution culturelle est forcément excessive, le disputera à l'opposition au projet Nouvel-Jucker d'extension du MAH. Que ce projet (ou ce qu'il en reste) succombe ne serait d'ailleurs qu'une péripétie : le plus grave serait que la rénovation du musée, et donc, vu l'état où il est, le musée lui-même, sombre avec lui -sans que jamais ait été vraiment débattu, et jamais véritablement contesté, le projet culturel qui, seul, peut justifier l'investissement demandé pour l'extension du MAH. Or en liant les deux enjeux, la rénovation indispensable et incontestée, et l'extension, certes utile mais contestée, on imposera à la première le sort que le corps électoral, puisque référendum il y aura, risque fort d'infliger à la seconde. Le "paquet ficelé" de la rénovation et de l'extension relève d'un jeu de poker politique dont l'enjeu est le musée lui-même...
En prenant la rénovation en otage de l'extension, c'est le musée lui-même qu'on prend en otage...
Un référendum a d'ores et déjà été annoncé contre le crédit nécessaire à la réalisation du projet d'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève (mais aussi contre sa rénovation, s'il n'y a pas dissociation de cette extension et de cette rénovation). Ce référendum a toutes les chances d'aboutir, et d'être finalement victorieux, parce qu'il additionne des oppositions contradictoires, toutes minoritaires mais qui, cumulées, ont de grande chance d'être majoritaires, alors que les défenseurs du projet n'ont à tenir que le discours du projet lui-même. Or le projet voté par le Conseil Municipal est ce paquet ficelé où la rénovation du musée, que personne ne conteste, est indissociable de son extension, qui elle est contestée, le référendum lancé contre l'extension le sera aussi contre la rénovation. Cette prise en otage de la rénovation par l'extension risque bien de la couler avec l'extension, au terme d'un débat public où les arguments de fond resteront précisément au fond, noyés par le poujadisme anticulturel et le discours comptable...
Tant que l'opposition au projet Nouvel-Jucker était minoritaire, portée par des défenseurs du patrimoine et des opposants au "partenariat" avec la Fondation Gandur, elle avait la séduction de David face à Goliath. La coalition des oppositions populistes, avaricieuses et fétichistes n'a pas cette séduction -mais elle gagne en efficacité, du fait des erreurs et des arrogances des partisans du projet : à vouloir forcer le passage pour l'extension en prenant la rénovation en otage, ils ne donnent pas vraiment l'impression d'une adhésion convaincue et convaincante à un projet muséal et à un contenu culturel novateurs, même si la co-présidente du Cercle de soutien au projet, Charlotte de Senarclens, assure qu'"en dehors du fait que le projet architectural me plaît, c'est l'usage que l'on en fait qui m'importe" -or on est toujours dans l'attente d'un véritable projet scientifique et culturel, et on est toujours nourris de grandes généralités consensuelles, juste un peu au-dessus du niveau d'insignifiance des discours convenus sur une "ouverture vers la cité et le grand public" qui n'est pas plus contestée que la rénovation du musée .
Le projet Nouvel-Jucker ne mérite sans doute ni l'honneur dont on le pare ni l'indignité dont on l'accable et, quoi que l'on en pense, il vaut sans doute mieux le combattre pour le projet muséal qu'il signifie que le laisser succomber médiocrement face à une coalition du populisme "anticulturel", du chipotage avaricieux et du fétichisme patrimonial. Il mérite un débat, et donc une opposition, sur son contenu plus que sur son contenant, son coût et ses sources de financement. Il mérite un débat sur la politique muséale qu'il matérialise. Il mérite un vrai débat de politique culturelle. Avec quelques idées, quelques propositions, quelques pistes pour faire de ce musée autre chose que la seule modernisation de ce qu'il est déjà . Il mérite un débat qui n'aura sans doute pas vraiment lieu, mais qui serait pourtant la condition pour que, dans les urnes, une majorité se dessine pour soutenir un projet qui en vaille la peine par son contenu, avant que d'être vanté pour son contenant.
Quant au coût du projet et à son mode de financement (le fameux "partenariat public-privé"), on dira que si le projet en valait la peine, on ne perdrait pas notre temps à contester son financement puisqu'il est assuré. La Convention passée avec la Fondation Gandur pour l'Art ? On a déjà eu l'occasion de dire et d'écrire ce qu'on en pensait : qu'une convention n'est pas immuable, que celle-là doit être renégociée, et que cette renégociation (et l'approbation de son résultat par le Conseil municipal) peut même être posée comme une condition de la libération du financement public. Le patrimoine, la préservation de l’œuvre de Camoletti ? On y tient autant que ses défenseurs -mais elle n'est un obstacle qu'à la réalisation d'un projet particulier d'extension, le projet Nouvel-Jucker, pas à cette extension en tant que telle : les plus fervents défenseurs du patrimoine admettent d'ailleurs qu'il puisse être atteint par des projets dont la qualité, formelle et fondamentale, justifierait cette atteinte, en valant plus que ce qu'ils modifient. Or les défenseurs du projet Nouvel-Jucker ont beau le vanter avec des trémolos gorgés de lyrisme, on s'autorisera à nourrir quelques doutes sur sa capacité à faire du bâtiment de Camoletti ce geste architectural exemplaire que peuvent signifier quelques musées construits ces vingt dernières années -mais le plus souvent construits ex nihilo, non à partir de musées existants...
Finalement, le seul argument qui nous a convaincu (mais on était bien fatigués...) de voter telle qu'elle nous était présentée, ficelée, la proposition du Conseil administratif et de la majorité de la commission était qu'il fallait que le Conseil Municipal l'accepte, cette proposition, pour que, référendum aidant, le peuple puisse se prononcer. Mais si cette motivation dit quelque chose de notre conception de la démocratie, elle ne dit rien du contenu du projet, et elle admet comme acquise (par une décision majoritaire du Conseil municipal) la démarche politiquement suicidaire consistant à ficeler la rénovation et l'extension, au risque vraisemblable de les couler ensemble. Délier la rénovation et l'extension, c'était sans doute sauver la première. Une rénovation sans extension (parce que sans l'apport financier privé lié à l'extension) coûterait plus cher (80 millions au lieu de 60 millions) à la Ville ? Sans doute. Mais au moins elle se ferait. Et rien ne coûterait plus cher à la Ville qu'un musée qu'il faudrait fermer parce qu'il commencerait à tomber en morceaux sur ses visiteurs et son personnel.
La parole sera donnée au peuple, et c'est une excellente chose. Mais pour que cette parole ait un sens, il faudrait qu'elle soit donnée sur ce qui est contesté, et sur cela seulement. Or la rénovation n'est pas contestée... En la prenant en otage de l'extension, c'est bien le musée lui-même qu'on prend en otage, et le débat que l'on fausse.
lundi 23 mars 2015
BEGGAR'S OPERA : modeste contribution à l'histoire de la scène lyrique et de la politique culturelle genevoises
BEGGAR'S OPERA : modeste contribution à l'histoire de la scène lyrique et de la politique culturelle genevoises

"L'opposé est utile, et des choses différentes naît la plus belle harmonie et toutes choses sont engendrées par la discorde."
(Héraclite, Fragments, VIII)
AVERTISSEMENT
Compte tenu des heures, franchement nocturnes, qui sont celles de la
rédaction de ce blog, de la possible consommation de substances
psychotropes par le rédacteur avant la rédaction et de l'obsolescence
du matériel informatique dont il s'obstine à faire usage, il est
inévitable que les textes qui suivent soient émaillés de fautes de
frappes, d'inattention, d'orthographe, de grammaire et de syntaxe. Le
rédacteur prie le lecteur, et plus encore la lectrice, de bien vouloir
l'en excuser. Et de l'en excuser durablement, vu qu'il n'a aucune
intention de se plier bêtement aux rythmes circadiens communs, ni de
signer la temponne, ni de changer de matériel informatique avant que le
sien n'ait définitivement cessé de faire semblant de fonctionner.
Projet de la Nouvelle Comédie de Genève : Changer d'échelle, de rôle, d'ambition
Leux commissions municipales des travaux et de la
culture ont, ensemble, auditionné le Conseil
administratif, les représentants de la Fondation d'Art Dramatique
et de l'Association pour une nouvelle Comédie, après qu'ait été
déposée une motion de l'Alternative demandant à la Municipalité,
comme cela fut fait à propos de la rénovation-extension du Musée
d'Art et d'Histoire, de préciser les enjeux, les contenus et les
ambitions culturelles du projet de « Nouvelle Comédie » dans le
quartier de la Gare des Eaux-Vives (future gare du CEVA), projet
pour lequel le Conseil administratif sollicite un crédit net de
plus de 52 millions de francs (sur un total de plus de 98
millions, dont à déduire une participation cantonale proposée par
le Conseil d'Etat, mais qui dépend d'un vote du Grand Conseil).
Enjeu de taille : avec ce projet, la Comédie de Genève ne change
pas seulement de lieu, mais surtout d'ambition, d'échelle et de
rôle.
« On ne souffre point de Comédie à Genève...»
La Comédie de Genève, inaugurée en 1913, fait bien son âge. Elle le faisait déjà en 1987, constatait Matthias Langhoff dans un remarquable rapport, et les quelques mesures de rénovation partielles accordées depuis n'ont pas permis de remédier à ses défauts structurels: un cadre et un plancher de scène inadaptés, une scène trop petite, une visibilité et une acoustique aléatoires, des installations scéniques et une machinerie vétustes, des décors malaisément accessibles, des espaces d'accueil (loges, foyer), des lieux de répétition et des ateliers en nombre et en espace insuffisants... La transformation, à la faveur de la réalisation du CEVA, de tout le quartier de la gare des Eaux-Vives, avec plusieurs centaines de nouveaux logements, une école, une crèche, des équipements sportifs, des espaces publics libérés de la circulation automobile, offrait l'opportunité d'implanter une nouvelle Comédie, succédant à l'ancienne. En 2009, le projet de l'Atelier FRES et de « Changement à vue » était retenu : deux salles de spectacles, des ateliers, des salles de répétition, un café-restaurant, une librairie -bref, une véritable « Maison du Théâtre », une « fabrique pour les arts de la scène », une « ruche ») ouverte non seulement aux moments des spectacles mais pendant tout le temps où un public lui serait disponible. C'est le projet de La Nouvelle Comédie, devisé à 98 millions de francs, dont 52,62 millions à la charge de la Ville et 45 millions à la charge du canton.
C'est beaucoup, 98 millions ? c'est beaucoup moins que le coût total de la rénovation-extension proposée du Musée d'Art et d'Histoire, et c'est un coût assumé par les seules collectivités publiques. Il y a bien, un partenariat, mais pas un partenariat public-privé : un partenariat public-public. entre la Ville et le canton (pour autant que le Grand Conseil y consente). Si le financement du projet est accepté par le Conseil Municipal de la Ville et par le Grand Conseil, le chantier pourrait démarrer début 2016 et la Nouvelle Comédie ouvrir ses portes en 2018.
Changement d'échelle changement de rôle : on ne propose pas seulement de donner des moyens, des espaces, du personnel supplémentaire à la Comédie de Genève, on propose de changer sa place dans le tissu culturel genevois et la place du théâtre dans la cité. La Comédie comme institution publique deviendrait ce que le Grand Théâtre est pour l'art lyrique, l'OSR pour la musique symphonique ou ce que rêve d'être le Musée d'Art et d'Histoire : une institution de référence pour tout un art, toutes celles et tous ceux qui y oeuvrent, toute une forme d'expression.
On ne construit pas un supermarché, on construit un théâtre.
A d'Alembert qui regrette qu'« On ne souffre point de Comédie à Genève», et presse la parvulissime République de se doter d'un théâtre et d'une troupe, Rousseau répond « Vous serez surement le premier Philosophe qui jamais ait excité un peuple libre, une petite Ville, et un Etat pauvre, à se charger d'un spectacle public », mais ce que Jean-Jacques abhorre, ce n'est pas le théâtre en tant que tel, c'est le spectacle qui se donne devant un public qui n'en est ni le sujet, ni l'objet; ni l'auteur, ni l'acteur : «n'adoptons point ces Spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur; qui les tiennent craintifs et immobiles dans le silence et l'inaction ». Pour le Citoyen de Genève, le théâtre devrait être à Genève une fête (« Quoi ! ne faut-il donc aucun Spectacle dans une République ? Au contraire, il en faut beaucoup. C'est dans les Républiques qu'ils sont nés, c'est dans leur sein qu'on les voit briller avec un véritable air de fête »). Le théâtre peut cependant être autre chose, être ce qu'il était à Athènes (ou ce que des metteurs en scène comme José Lillo en font déjà à Genève) : le moment où la Cité dit elle-même à elle-même ce qu'elle fut, ce qu'elle est ou veut être, ses fautes et ses gloires, ses courages et ses lâchetés.
Si la Nouvelle Comédie pouvait jouer ce rôle irremplaçable, cela suffirait à la justifier et à justifier l'investissement que la Ville prévoit de lui consentir.
« On ne souffre point de Comédie à Genève...»
La Comédie de Genève, inaugurée en 1913, fait bien son âge. Elle le faisait déjà en 1987, constatait Matthias Langhoff dans un remarquable rapport, et les quelques mesures de rénovation partielles accordées depuis n'ont pas permis de remédier à ses défauts structurels: un cadre et un plancher de scène inadaptés, une scène trop petite, une visibilité et une acoustique aléatoires, des installations scéniques et une machinerie vétustes, des décors malaisément accessibles, des espaces d'accueil (loges, foyer), des lieux de répétition et des ateliers en nombre et en espace insuffisants... La transformation, à la faveur de la réalisation du CEVA, de tout le quartier de la gare des Eaux-Vives, avec plusieurs centaines de nouveaux logements, une école, une crèche, des équipements sportifs, des espaces publics libérés de la circulation automobile, offrait l'opportunité d'implanter une nouvelle Comédie, succédant à l'ancienne. En 2009, le projet de l'Atelier FRES et de « Changement à vue » était retenu : deux salles de spectacles, des ateliers, des salles de répétition, un café-restaurant, une librairie -bref, une véritable « Maison du Théâtre », une « fabrique pour les arts de la scène », une « ruche ») ouverte non seulement aux moments des spectacles mais pendant tout le temps où un public lui serait disponible. C'est le projet de La Nouvelle Comédie, devisé à 98 millions de francs, dont 52,62 millions à la charge de la Ville et 45 millions à la charge du canton.
C'est beaucoup, 98 millions ? c'est beaucoup moins que le coût total de la rénovation-extension proposée du Musée d'Art et d'Histoire, et c'est un coût assumé par les seules collectivités publiques. Il y a bien, un partenariat, mais pas un partenariat public-privé : un partenariat public-public. entre la Ville et le canton (pour autant que le Grand Conseil y consente). Si le financement du projet est accepté par le Conseil Municipal de la Ville et par le Grand Conseil, le chantier pourrait démarrer début 2016 et la Nouvelle Comédie ouvrir ses portes en 2018.
Changement d'échelle changement de rôle : on ne propose pas seulement de donner des moyens, des espaces, du personnel supplémentaire à la Comédie de Genève, on propose de changer sa place dans le tissu culturel genevois et la place du théâtre dans la cité. La Comédie comme institution publique deviendrait ce que le Grand Théâtre est pour l'art lyrique, l'OSR pour la musique symphonique ou ce que rêve d'être le Musée d'Art et d'Histoire : une institution de référence pour tout un art, toutes celles et tous ceux qui y oeuvrent, toute une forme d'expression.
On ne construit pas un supermarché, on construit un théâtre.
A d'Alembert qui regrette qu'« On ne souffre point de Comédie à Genève», et presse la parvulissime République de se doter d'un théâtre et d'une troupe, Rousseau répond « Vous serez surement le premier Philosophe qui jamais ait excité un peuple libre, une petite Ville, et un Etat pauvre, à se charger d'un spectacle public », mais ce que Jean-Jacques abhorre, ce n'est pas le théâtre en tant que tel, c'est le spectacle qui se donne devant un public qui n'en est ni le sujet, ni l'objet; ni l'auteur, ni l'acteur : «n'adoptons point ces Spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur; qui les tiennent craintifs et immobiles dans le silence et l'inaction ». Pour le Citoyen de Genève, le théâtre devrait être à Genève une fête (« Quoi ! ne faut-il donc aucun Spectacle dans une République ? Au contraire, il en faut beaucoup. C'est dans les Républiques qu'ils sont nés, c'est dans leur sein qu'on les voit briller avec un véritable air de fête »). Le théâtre peut cependant être autre chose, être ce qu'il était à Athènes (ou ce que des metteurs en scène comme José Lillo en font déjà à Genève) : le moment où la Cité dit elle-même à elle-même ce qu'elle fut, ce qu'elle est ou veut être, ses fautes et ses gloires, ses courages et ses lâchetés.
Si la Nouvelle Comédie pouvait jouer ce rôle irremplaçable, cela suffirait à la justifier et à justifier l'investissement que la Ville prévoit de lui consentir.
samedi 14 février 2015
Mécénat, sponsoring, partenariat public-privé : L'argent, son odeur, son usage...
De la rénovation et de l'extension du Musée d'Art et d'Histoire de
Genève, on a déjà beaucoup parlé sous l'angle de la défense du
patrimoine architectural, et un peu sous l'angle de son coût
financier. On s'est ensuite interrogé sur le projet culturel et
scientifique qu'il doit y avoir derrière le projet d'extension du
MAH, et qui peut seul
le justifier. Sur
demande d'une motion présentée par l'Alternative au
Conseil Municipal, le MAH et le Conseil Administratif
se sont attelés à la conception de ce projet culturel,
dont la commission des Arts & de la Culture du
Conseil Municipal a reçu les premiers éléments,
qu'elle a pu étudier et commencer à débattre (entre
quelques interventions folkloriques ou procédurières
du MCG, qu'un tel enjeu semble passionner à peu près
autant que nous passionne le classement de la
Challenge League de foot). Aujourd'hui, un autre
enjeu, fait débat : l'enjeu éthique.
Au fond, nos adversaires nous paient pour cracher dans la soupe que nous leur servons
Le débat sur la rénovation et l'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève commence donc à prendre une forme politiquement intéressante. Le projet de rénovation en effet n'est pas, en tant que tel, contesté, sinon dans son ficelage avec, précisément, le projet "Nouvel-Jucker" d'extension, ficelage qui contraint ceux qui soutiennent la rénovation mais pas cette extension là à voter contre la rénovation qu'ils soutiennent, ou pour l'extension qu'ils combattent, puisqu'ils ne peuvent dissocier leurs deux prononcements.
S'agissant du projet culturel dont témoigne celui d'extension du musée, on est encore dans les généralités consensuelles, c'est-à-dire juste un peu au-dessus (quand même) du niveau d'insignifiance des discours convenus sur une "ouverture vers la cité et le grand public" qui n'est contestée par personne, pas plus, en soi, que n'est contestée l'extension des surfaces d'exposition.
Nous en arrivons donc à un débat éthique, qui a d'abord porté sur la provenance des pièces de la collection du musée, et porte désormais sur la provenance du financement (pour 40 millions) par la Fondation Gandur pour l'Art (FGA), de la rénovation et de l'extension du musée, en échange de la signature en 2010 d'une convention entre la Ville de Genève et la Fondation du milliardaire Jean-Claude Gandur, dont la fortune a été tirée de l'exploration et de l'exploitation pétrolière, puis des agrocarburants. Avec tout ce que cela implique.
Cet argent a donc une odeur, mais c'est la même que celle qui flotte dans presque tous les musées d'Europe et dans la plupart des opéras : l'odeur de la reconversion "culturelle" de fortunes dont l'origine relève assez rarement de gains à la loterie, du travail à l'usine, de l'agriculture de subsistance ou de la création artistique... Une odeur d'exploitation du travail, d'exploitation des richesses naturelles, de secret bancaire, dont Genève s'accommode fort bien pour le financement de toutes ses institutions culturelles depuis bientôt 500 ans... Avant l'odeur du pétrole, il y eut aussi celle de la poudre et des fonds de cale du transport des esclaves, dont les banquiers de Genève reçurent quelque part des profits, avant que de soutenir l'une ou l'autre des institutions culturelles et sociales de la République. On mesure donc l'ampleur de la tâche qui consisterait à "purifier" ces institutions, à commencer par les plus anciennes (les bibliothèques, l'Université) de tout héritage matériel éthiquement contestable. En revanche, une tâche d'une ampleur plus à notre portée est de contenir l'influence que peut donner, sur les institutions qu'ils financent, l'argent des financiers privés. Et là se pose, s'agissant du MAH, la question de la renégociation de la convention de 2010 entre la FGA et la Ville.
Mais si la question est posée aujourd'hui à propos de ce partenariat-là, elle se pose, beaucoup plus généralement, à propos de tout les apports financiers privés aux institutions et aux lieux culturels (elle se pose pour la Fondation Wilsdorf comme pour la Fondation Gandur, pour prendre deux exemples genevois), ou aux institutions sociales (le Centre social protestant vient d'accepter une donation de Japan Tobacco...), aux services publics (l'école a accepté une subvention de la fondation Neva de l'oligarque russe Timchenko, qui a également soutenu le Grand Théâtre, l'OSR et le Théâtre de Carouge) et elle se pose même à propos des apports publics : après tout, ceux-ci sont financés par les impôts, et donc par les impôts payés par des entreprises dont les sources de profit et des personnes dont les revenus ne sont pas moins contestables que celles de Jean-Claude Gandur.
Jean-Claude Gandur paie des impôts, il n'a pas plus qu'un autre contribuable le droit d'en déterminer l'usage autrement qu'en exerçant ses droits de citoyens. En fait, nous avons, en tant que Conseillers municipaux, plus de pouvoir sur l'usage qui est fait de nos impôts que n'en a Jean-Claude Gandur sur l'usage qui est fait des siens -alors que la comparaison du volume des nôtres et du volume des siens nous renverrait à une humilité plus que franciscaine si nous n'avions pour nous en prémunir la conviction orgueilleuse que nous valons bien plus que nos revenus...
En essayant de remettre en place, entre Max Weber et Jean Ziegler, nos propres idées sur l'argent, sa provenance, son odeur, son usage, nous nous retrouvons à la fois contre et dans le capitalisme, à la fois adversaires et bénéficiaires de l'exploitation de l'homme par l'homme. Ainsi combattons-nous ce dont nous bénéficions nous-mêmes, et dont voulons que d'autres bénéficient aussi. Lorsque nous revendiquons une amélioration des services publics et des prestations sociales accordées par les collectivités publiques et financées par les budgets publics, nous revendiquons ce qui sera financé par des impôts, dont une part considérable est versée par ceux-là même, individus et entreprises, qui incarnent le système que nous combattons. Nous revendiquons d'ailleurs également que ces individus et ces entreprises paient plus d'impôt qu'ils n'en paient actuellement -et donc que leur poids dans le financement des prestations que nous revendiquons s'accroisse... Et il en va ainsi de la politique culturelle comme de la politique sociale, du financement public du Grand Théâtre ou de l'Usine comme de celui des aides sociales et de l'ouverture des abris de nuit pour sdf...
Il y a plus paradoxal encore : les impôts payés par les multinationales, les potentats, les oligarques, les grands patrons, contribuent à nous rémunérer nous, leurs contempteurs (à citer Jean Ziegler à tout bout de champ, n'oublions pas ce qu'il écrivait et disait lui-même de son statut de parlementaire fédéral, rémunéré par des caisses publiques elles-mêmes alimentées par le produit du secret bancaire, de l'évasion fiscale, de la rapine et de l'exploitation du tiers-monde...). Lorsque nous dénonçons, au Conseil Municipal, la provenance des fonds qui alimentent la Fondation Gandur et lui permettent de proposer de financer l'extension du MAH, nous recevons pour notre prestation dénonciatrice des "jetons de présence" versés par la caisse publique, sans vérifier si cette caisse ne serait pas alimentée par les impôts de Jean-Claude Gandur ou de son entreprise. Si tel était le cas, refuserions-nous nos indemnités ? Nous boucherions-nous le nez en signant notre feuille de présence ?
Au fond, nos adversaires nous paient pour cracher dans la soupe que nous leur servons : nous sommes, c'est entendu et incontestable le camp du beau contre celui du laid, des bons contre les méchants, des justes contre l'injustice, des purs contre les corrompus -mais nous combattons la laideur, l'injustice, la corruption, avec les moyens qu'elles nous donnent. Quand les Noailles se font les mécènes des surréalistes, va-t-on regarder de très près d'où leur vient leur fortune ? L'"Age d'Or" de Buñuel est-il moins subversif d'avoir été soutenu par ce couple d'aristos ?
Tout est donc question de limites, et de répartition de pouvoir dans l'usage des moyens reçus : après tout, prendre l'argent et en faire ce qu'elles décident d'en faire, c'est bien ce que les collectivités publiques font avec les impôts que leur versent les contribuables. Il s'agit donc de faire en sorte que "qui paie ne puisse commander" et que l'influence du mécène, du sponsor, du partenaire (en l’occurrence, de la Fondation Gandur) soit contenue au strict minimum.
Ce qui implique, forcément, si le projet de rénovation extension du MAH est approuvé par le Conseil Municipal (et il le sera), une renégociation de la convention de 2010 entre la Ville et la FGA, avant que le peuple soit invité à se prononcer. Car lui aussi le sera... et il vaudra mieux, alors, pour elle et son projet, que la Ville soit restée maîtresse en son musée.
Au fond, nos adversaires nous paient pour cracher dans la soupe que nous leur servons
Le débat sur la rénovation et l'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève commence donc à prendre une forme politiquement intéressante. Le projet de rénovation en effet n'est pas, en tant que tel, contesté, sinon dans son ficelage avec, précisément, le projet "Nouvel-Jucker" d'extension, ficelage qui contraint ceux qui soutiennent la rénovation mais pas cette extension là à voter contre la rénovation qu'ils soutiennent, ou pour l'extension qu'ils combattent, puisqu'ils ne peuvent dissocier leurs deux prononcements.
S'agissant du projet culturel dont témoigne celui d'extension du musée, on est encore dans les généralités consensuelles, c'est-à-dire juste un peu au-dessus (quand même) du niveau d'insignifiance des discours convenus sur une "ouverture vers la cité et le grand public" qui n'est contestée par personne, pas plus, en soi, que n'est contestée l'extension des surfaces d'exposition.
Nous en arrivons donc à un débat éthique, qui a d'abord porté sur la provenance des pièces de la collection du musée, et porte désormais sur la provenance du financement (pour 40 millions) par la Fondation Gandur pour l'Art (FGA), de la rénovation et de l'extension du musée, en échange de la signature en 2010 d'une convention entre la Ville de Genève et la Fondation du milliardaire Jean-Claude Gandur, dont la fortune a été tirée de l'exploration et de l'exploitation pétrolière, puis des agrocarburants. Avec tout ce que cela implique.
Cet argent a donc une odeur, mais c'est la même que celle qui flotte dans presque tous les musées d'Europe et dans la plupart des opéras : l'odeur de la reconversion "culturelle" de fortunes dont l'origine relève assez rarement de gains à la loterie, du travail à l'usine, de l'agriculture de subsistance ou de la création artistique... Une odeur d'exploitation du travail, d'exploitation des richesses naturelles, de secret bancaire, dont Genève s'accommode fort bien pour le financement de toutes ses institutions culturelles depuis bientôt 500 ans... Avant l'odeur du pétrole, il y eut aussi celle de la poudre et des fonds de cale du transport des esclaves, dont les banquiers de Genève reçurent quelque part des profits, avant que de soutenir l'une ou l'autre des institutions culturelles et sociales de la République. On mesure donc l'ampleur de la tâche qui consisterait à "purifier" ces institutions, à commencer par les plus anciennes (les bibliothèques, l'Université) de tout héritage matériel éthiquement contestable. En revanche, une tâche d'une ampleur plus à notre portée est de contenir l'influence que peut donner, sur les institutions qu'ils financent, l'argent des financiers privés. Et là se pose, s'agissant du MAH, la question de la renégociation de la convention de 2010 entre la FGA et la Ville.
Mais si la question est posée aujourd'hui à propos de ce partenariat-là, elle se pose, beaucoup plus généralement, à propos de tout les apports financiers privés aux institutions et aux lieux culturels (elle se pose pour la Fondation Wilsdorf comme pour la Fondation Gandur, pour prendre deux exemples genevois), ou aux institutions sociales (le Centre social protestant vient d'accepter une donation de Japan Tobacco...), aux services publics (l'école a accepté une subvention de la fondation Neva de l'oligarque russe Timchenko, qui a également soutenu le Grand Théâtre, l'OSR et le Théâtre de Carouge) et elle se pose même à propos des apports publics : après tout, ceux-ci sont financés par les impôts, et donc par les impôts payés par des entreprises dont les sources de profit et des personnes dont les revenus ne sont pas moins contestables que celles de Jean-Claude Gandur.
Jean-Claude Gandur paie des impôts, il n'a pas plus qu'un autre contribuable le droit d'en déterminer l'usage autrement qu'en exerçant ses droits de citoyens. En fait, nous avons, en tant que Conseillers municipaux, plus de pouvoir sur l'usage qui est fait de nos impôts que n'en a Jean-Claude Gandur sur l'usage qui est fait des siens -alors que la comparaison du volume des nôtres et du volume des siens nous renverrait à une humilité plus que franciscaine si nous n'avions pour nous en prémunir la conviction orgueilleuse que nous valons bien plus que nos revenus...
En essayant de remettre en place, entre Max Weber et Jean Ziegler, nos propres idées sur l'argent, sa provenance, son odeur, son usage, nous nous retrouvons à la fois contre et dans le capitalisme, à la fois adversaires et bénéficiaires de l'exploitation de l'homme par l'homme. Ainsi combattons-nous ce dont nous bénéficions nous-mêmes, et dont voulons que d'autres bénéficient aussi. Lorsque nous revendiquons une amélioration des services publics et des prestations sociales accordées par les collectivités publiques et financées par les budgets publics, nous revendiquons ce qui sera financé par des impôts, dont une part considérable est versée par ceux-là même, individus et entreprises, qui incarnent le système que nous combattons. Nous revendiquons d'ailleurs également que ces individus et ces entreprises paient plus d'impôt qu'ils n'en paient actuellement -et donc que leur poids dans le financement des prestations que nous revendiquons s'accroisse... Et il en va ainsi de la politique culturelle comme de la politique sociale, du financement public du Grand Théâtre ou de l'Usine comme de celui des aides sociales et de l'ouverture des abris de nuit pour sdf...
Il y a plus paradoxal encore : les impôts payés par les multinationales, les potentats, les oligarques, les grands patrons, contribuent à nous rémunérer nous, leurs contempteurs (à citer Jean Ziegler à tout bout de champ, n'oublions pas ce qu'il écrivait et disait lui-même de son statut de parlementaire fédéral, rémunéré par des caisses publiques elles-mêmes alimentées par le produit du secret bancaire, de l'évasion fiscale, de la rapine et de l'exploitation du tiers-monde...). Lorsque nous dénonçons, au Conseil Municipal, la provenance des fonds qui alimentent la Fondation Gandur et lui permettent de proposer de financer l'extension du MAH, nous recevons pour notre prestation dénonciatrice des "jetons de présence" versés par la caisse publique, sans vérifier si cette caisse ne serait pas alimentée par les impôts de Jean-Claude Gandur ou de son entreprise. Si tel était le cas, refuserions-nous nos indemnités ? Nous boucherions-nous le nez en signant notre feuille de présence ?
Au fond, nos adversaires nous paient pour cracher dans la soupe que nous leur servons : nous sommes, c'est entendu et incontestable le camp du beau contre celui du laid, des bons contre les méchants, des justes contre l'injustice, des purs contre les corrompus -mais nous combattons la laideur, l'injustice, la corruption, avec les moyens qu'elles nous donnent. Quand les Noailles se font les mécènes des surréalistes, va-t-on regarder de très près d'où leur vient leur fortune ? L'"Age d'Or" de Buñuel est-il moins subversif d'avoir été soutenu par ce couple d'aristos ?
Tout est donc question de limites, et de répartition de pouvoir dans l'usage des moyens reçus : après tout, prendre l'argent et en faire ce qu'elles décident d'en faire, c'est bien ce que les collectivités publiques font avec les impôts que leur versent les contribuables. Il s'agit donc de faire en sorte que "qui paie ne puisse commander" et que l'influence du mécène, du sponsor, du partenaire (en l’occurrence, de la Fondation Gandur) soit contenue au strict minimum.
Ce qui implique, forcément, si le projet de rénovation extension du MAH est approuvé par le Conseil Municipal (et il le sera), une renégociation de la convention de 2010 entre la Ville et la FGA, avant que le peuple soit invité à se prononcer. Car lui aussi le sera... et il vaudra mieux, alors, pour elle et son projet, que la Ville soit restée maîtresse en son musée.
lundi 1 septembre 2014
Chronique de l'apolitique inculturelle cantonale genevoise
Cinéforum (la Fondation romande pour le cinéma), qui soutient la
création cinématographique romande, est soutenue par tous les
cantons romands, et par les villes de Genève et Lausanne. Entre la
Ville et le canton de Genève, ce devrait être la moitié de la
contribution totale de 10 millions qui devrait provenir du bout du
lac (puisque la moitié des films soutenus par Cinéforum sont
produits ou réalisés à Genève). Mais le conditionnel est de
rigueur, parce que si la ville tient ses engagements, le canton,
lui, traîne les pieds : il ne devrait arriver qu'en 2016 à verser ce
que la Ville verse depuis 2012 (2,5 millions), et même ça, il risque
fort de ne pas le faire, contrairement aux engagements pris, puisque
la majorité de la commission des finances du Grand Conseil a voté
contre la poursuite de la progression de l'engagement du canton, le
PLR et l'UDC voulant s'arrêter à la contribution versée en 2014
(inférieure à celle de la Ville, donc) et le MCG voulant carrément
supprimer toute contribution. Au bout du (mé)compte, seuls la gauche
(PS , Verts, Ensemble à Gauche) et le PDC sont d'accord de tenir les
engagements du canton. Et encore, côté PS et Verts, on se dit prêt à
renoncer à l'augmentation prévue de la contribution cantonale et à
se contenter de la « stabiliser », au prétexte de sauver les
meubles. Ouais, ben si ça augure médiocrement de la « chasse aux
doublons » dans le domaine de la culture, ça dit bien à quoi on à
affaire avec le Grand Conseil élu l'année dernière. Et donc de la
nécessité politique d'opposer à ce comice cantonal un contrepoids
municipal (gauche comprise, surtout) capable, lui, de tenir ses
engagements et de faire son boulot... Parce que s'agissant de la
politique culturelle, on risque pas de trouver des «doublons» entre
la commune et le canton, vu que quand on cause culture, la majorité
cantonale comprend « agriculture » et n'est capable que de sortir
son sécateur. Et qu'après le cinéma, ce sont le théâtre, le livre,
les musées et le reste qui sont dans la cible..
jeudi 26 juin 2014
Restauration et extension du Musée d'Art et d'Histoire : Un peu de culture dans le débat ?
Un projet de motion déposé au Conseil municipal de la Ville de
Genève*, et renvoyé à la commission des Artts et de la Culture,
demande qu'on mette un peu de projet culturel dans le débat sur la
restauration et la rénovation du MAH... Un débat sur le projet
culturel, après des années de guerre de tranchées autour du seul
enjeu patrimonial, et avant des mois de polémiques sur le seul enjeu
financier, cela s'impose.. Parce que si « faire entrer un musée du
XIXe siècle dans le XXIe siècle » est l'ambition affichée du projet
officiel de restauration et d'extension du Musée d'Art et
d'Histoire, on a beaucoup de mal à trouver sous cette formulation
prudhommesque de quoi exprimer le contenu culturel d'un tel projet.
Or c'est ce contenu culturel qui peut seul peut justifier
l'engagement politique et financier qu'il implique de la part de la
Ville de Genève...
** Projet de motion de Mme et MM Pascal Holenweg, Pierre Gauthier, Grégoire Carasso et Sandrine Burger : "Restauration et extension du Musée d'Art et d'Histoire :quel contenu culturel, quelles garanties éthiques ?"
« Culture », « politique », des mots grossiers ?
En octobre dernier se tenaient en notre bonne ville des « Etats généraux des musées genevois ». Lors d'un colloque public dans le cadre de ces «Etats généraux», moult interventions insistèrent sur cette évidence que, s'agissant d'institutions culturelles centrales, les « enjeux pour les musées au XXIe siècle » (c'était le titre du colloque) sont d'abord des enjeux culturels. C'était bien dit. Mais avec quel écho, dans le débat public qui s'est engagé autour du projet d'extension du MAH présenté par le Conseil Administratif (comme d'ailleurs autour du contre-projet présenté par ses adversaires) ? Rien. Nada. Nitchevo. Le contenu culturel du projet a été jusqu'à présent le thème le moins présent dans ced débat. Comme si l'enjeu n'était que celui du contenant du musée, et que son contenu était finalement accessoire. Alors, on s'est autorisés à ne pas se résigner à cette absence du débat culturel dans le débat sur le projet de « nouveau » MAH. Et on demande au Conseil Administratif qu'il assume ce débat, avec tout ce qu'il implique, y compris quant à la provenance de ce qui constitue les collections du musée et les œuvres et objets des expositions temporaires.
On veut bien croire, ou au moins faire semblant, qu'un musée ne peut se passer d'un restaurant, que la vue depuis ledit restaurant est aussi importante que ce que le musée expose, qu'il faut vivre avec son temps, tout ça, et bien d'autres lieux communs encore dont on vous fait grâce, mais tout de même : un vrai projet culturel pour une institution culturelle (et non des moindres), c'est pas accessoire. Un vrai projet muséal pour un musée, ça devrait pouvoir se débattre, publiquement, contradictoirement. Et pas seulement sur les détails, mais sur le fond : c'est quoi, au juste, la fonction d'un musée, aujourd'hui? Et ça s'adresse à qui ? Et c'est quoi, au juste, le rôle d'un parlement, et d'une collectivité publique, dans la définition de la place prise par le principal musée de la République dans le réseau des institutions culturelles de la République ?
On sait, des fois, on pose des questions bêtes. Et, bêtement, on attend même qu'on y réponde. Et de préférence, qu'on y réponde avant que le projet de restauration et de rénovation du Musée d'Art et d'Histoire soit soumis au peuple. Parce qu'on aimerait bien savoir ce que les partisans de ce projet en attendent, et ce que les adversaires de ce projet lui reprochent, non seulement du point de vue patrimonial ou financier, mais aussi en termes de politique culturelle. Bref, on aimerait bien savoir si on fait un musée pour les oeuvres et les objets, ou si on fait un musée pour les visiteurs. Or privilégier l'un ou l'autre, c'est bien un choix politique, car à Genève, s'agissant du Musée d'Art et d'Histoire, on ne projette de restaurer et d'étendre ni un parking ni un supermarché (quoique... à entendre certains arguments, on pourrait s'interroger), mais une institution culturelle liée à d'autres institutions culturelles, dans une politique culturelle cohérente.
« Culture », « politique », est-ce qu'on aurait proféré des mots grossiers, là ?
** Projet de motion de Mme et MM Pascal Holenweg, Pierre Gauthier, Grégoire Carasso et Sandrine Burger : "Restauration et extension du Musée d'Art et d'Histoire :quel contenu culturel, quelles garanties éthiques ?"
« Culture », « politique », des mots grossiers ?
En octobre dernier se tenaient en notre bonne ville des « Etats généraux des musées genevois ». Lors d'un colloque public dans le cadre de ces «Etats généraux», moult interventions insistèrent sur cette évidence que, s'agissant d'institutions culturelles centrales, les « enjeux pour les musées au XXIe siècle » (c'était le titre du colloque) sont d'abord des enjeux culturels. C'était bien dit. Mais avec quel écho, dans le débat public qui s'est engagé autour du projet d'extension du MAH présenté par le Conseil Administratif (comme d'ailleurs autour du contre-projet présenté par ses adversaires) ? Rien. Nada. Nitchevo. Le contenu culturel du projet a été jusqu'à présent le thème le moins présent dans ced débat. Comme si l'enjeu n'était que celui du contenant du musée, et que son contenu était finalement accessoire. Alors, on s'est autorisés à ne pas se résigner à cette absence du débat culturel dans le débat sur le projet de « nouveau » MAH. Et on demande au Conseil Administratif qu'il assume ce débat, avec tout ce qu'il implique, y compris quant à la provenance de ce qui constitue les collections du musée et les œuvres et objets des expositions temporaires.
On veut bien croire, ou au moins faire semblant, qu'un musée ne peut se passer d'un restaurant, que la vue depuis ledit restaurant est aussi importante que ce que le musée expose, qu'il faut vivre avec son temps, tout ça, et bien d'autres lieux communs encore dont on vous fait grâce, mais tout de même : un vrai projet culturel pour une institution culturelle (et non des moindres), c'est pas accessoire. Un vrai projet muséal pour un musée, ça devrait pouvoir se débattre, publiquement, contradictoirement. Et pas seulement sur les détails, mais sur le fond : c'est quoi, au juste, la fonction d'un musée, aujourd'hui? Et ça s'adresse à qui ? Et c'est quoi, au juste, le rôle d'un parlement, et d'une collectivité publique, dans la définition de la place prise par le principal musée de la République dans le réseau des institutions culturelles de la République ?
On sait, des fois, on pose des questions bêtes. Et, bêtement, on attend même qu'on y réponde. Et de préférence, qu'on y réponde avant que le projet de restauration et de rénovation du Musée d'Art et d'Histoire soit soumis au peuple. Parce qu'on aimerait bien savoir ce que les partisans de ce projet en attendent, et ce que les adversaires de ce projet lui reprochent, non seulement du point de vue patrimonial ou financier, mais aussi en termes de politique culturelle. Bref, on aimerait bien savoir si on fait un musée pour les oeuvres et les objets, ou si on fait un musée pour les visiteurs. Or privilégier l'un ou l'autre, c'est bien un choix politique, car à Genève, s'agissant du Musée d'Art et d'Histoire, on ne projette de restaurer et d'étendre ni un parking ni un supermarché (quoique... à entendre certains arguments, on pourrait s'interroger), mais une institution culturelle liée à d'autres institutions culturelles, dans une politique culturelle cohérente.
« Culture », « politique », est-ce qu'on aurait proféré des mots grossiers, là ?
dimanche 22 juin 2014
Restauration et extension du Musée d'Art et d'Histoire : Un peu de culture dans le débat ?
Un projet de motion déposé au Conseil municipal de la Ville de Genève*, et renvoyé à la commission des Artts et de la Culture, demande qu'on mette un peu de projet culturel dans le débat sur la restauration et la rénovation du MAH... Un débat sur le projet culturel, après des années de guerre de tranchées autour du seul enjeu patrimonial, et avant des mois de polémiques sur le seul enjeu financier, cela s'impose.. Parce que si « faire entrer un musée du XIXe siècle dans le XXIe siècle » est l'ambition affichée du projet officiel de restauration et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire, on a beaucoup de mal à trouver sous cette formulation prudhommesque de quoi exprimer le contenu culturel d'un tel projet. Or c'est ce contenu culturel qui peut seul peut justifier l'engagement politique et financier qu'il implique de la part de la Ville de Genève...
* Projet de motion de Mme et MM Pascal Holenweg, Pierre Gauthier, Grégoire Carasso et Sandrine Burger : "Restauration et extension du Musée d'Art et d'Histoire :quel contenu culturel, quelles garanties éthiques ?"
« Culture », « politique », des mots grossiers ?
En octobre dernier se tenaient en notre bonne ville des « Etats généraux des musées genevois ». Lors d'un colloque public dans le cadre de ces «Etats généraux», moult interventions insistèrent sur cette évidence que, s'agissant d'institutions culturelles centrales, les « enjeux pour les musées au XXIe siècle » (c'était le titre du colloque) sont d'abord des enjeux culturels. C'était bien dit. Mais avec quel écho, dans le débat public qui s'est engagé autour du projet d'extension du MAH présenté par le Conseil Administratif (comme d'ailleurs autour du contre-projet présenté par ses adversaires) ? Rien. Nada. Nitchevo. Le contenu culturel du projet a été jusqu'à présent le thème le moins présent dans ced débat. Comme si l'enjeu n'était que celui du contenant du musée, et que son contenu était finalement accessoire. Alors, on s'est autorisés à ne pas se résigner à cette absence du débat culturel dans le débat sur le projet de « nouveau » MAH. Et on demande au Conseil Administratif qu'il assume ce débat, avec tout ce qu'il implique, y compris quant à la provenance de ce qui constitue les collections du musée et les œuvres et objets des expositions temporaires.
On veut bien croire, ou au moins faire semblant, qu'un musée ne peut se passer d'un restaurant, que la vue depuis ledit restaurant est aussi importante que ce que le musée expose, qu'il faut vivre avec son temps, tout ça, et bien d'autres lieux communs encore dont on vous fait grâce, mais tout de même : un vrai projet culturel pour une institution culturelle (et non des moindres), c'est pas accessoire. Un vrai projet muséal pour un musée, ça devrait pouvoir se débattre, publiquement, contradictoirement. Et pas seulement sur les détails, mais sur le fond : c'est quoi, au juste, la fonction d'un musée, aujourd'hui? Et ça s'adresse à qui ? Et c'est quoi, au juste, le rôle d'un parlement, et d'une collectivité publique, dans la définition de la place prise par le principal musée de la République dans le réseau des institutions culturelles de la République ?
On sait, des fois, on pose des questions bêtes. Et, bêtement, on attend même qu'on y réponde. Et de préférence, qu'on y réponde avant que le projet de restauration et de rénovation du Musée d'Art et d'Histoire soit soumis au peuple. Parce qu'on aimerait bien savoir ce que les partisans de ce projet en attendent, et ce que les adversaires de ce projet lui reprochent, non seulement du point de vue patrimonial ou financier, mais aussi en termes de politique culturelle. Bref, on aimerait bien savoir si on fait un musée pour les oeuvres et les objets, ou si on fait un musée pour les visiteurs. Or privilégier l'un ou l'autre, c'est bien un choix politique, car à Genève, s'agissant du Musée d'Art et d'Histoire, on ne projette de restaurer et d'étendre ni un parking ni un supermarché (quoique... à entendre certains arguments, on pourrait s'interroger), mais une institution culturelle liée à d'autres institutions culturelles, dans une politique culturelle cohérente.
« Culture », « politique », est-ce qu'on aurait proféré des mots grossiers, là ?
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