lundi 26 mars 2018

Invalidation de l'Initiative populaire législative « Le Plaza ne doit pas mourir » : on recourt



Dans un mois se tiendra le premier tour de l'élection du Conseil d'Etat. L'un des dernier actes du gouvernement sortant aura donc été de tenter de priver les Genevoises et les Genevois du droit de se prononcer sur une initiative signée par plus de 11'000 d'entre elles et eux : l'initiative populaire législative "Le Plaza ne doit pas mourir", qui propose de déclarer d'utilité publique le maintien de la plus belle salle de cinéma genevoise, et, par le moyen de l'expropriation dans le cadre de la loi et de cette utilité publique, d'en faire un espace culturel novateur, au centre d'un quartier qu'il pourrait redynamiser -et qui en a grand besoin. Hier, le Conseil d'Etat sortant a décidé d'invalider l'initiative, et donc de ne la soumettre ni au parlement, ni au peuple. Le Comité d'initiative fera, bien sûr,recours contre cette invalidation.

"in dubio pro populo"

Il faut bien, aujourd'hui, rappeler au gouvernement genevois sortant un principe, fondamental de la démocratie telle qu'elle est (ou devrait être) défendue dans cette République : "in dubio pro populo" (dans le doute, c'est au peuple de décider). Le Conseil d'Etat, et le Grand Conseil sont maîtres de leurs propres recommandation au peuple, mais tenus de laisser le peuple décider : s'ils sont opposés au contenu d'une initiative, qu'ils le disent, l'assument et proposent aux citoyennes et citoyens de la repousser, quitte à lui proposer un contre-projet -mais qu'ils ne se cachent pas, pour complaire aux propriétaires d'un ensemble architectural et d'un lieu culturel méritant toute protection, derrière des arguties juridiques qui ne trompent personne, pas même ceux qui s'y livrent.

A au moins deux reprises, la Ville de Genève (soit, respectivement, son Conseil administratif et son Conseil municipal) a fait montre de son opposition à la démolition de la salle du "Plaza", et de son engagement pour son maintien comme salle de cinéma. D'abord, le Conseil administratif a délivré un préavis positif à la demande de classement de l'ensemble dans lequel la salle de cinéma est insérée, "Mont-Blanc Centre", puis un préavis défavorable à la demande d'annulation du classement de cet ensemble, et enfin un préavis négatif à la demande faite par le propriétaire du "Plaza" de l'autoriser à démolir la salle. Ensuite, le Conseil municipal, par son soutien à une pétition lancée en ce sens, a donné mandat au Conseil administratif d'"entreprendre toute démarche et de faire toute proposition, y compris de rachat, le cas échéant en partenariat, afin de maintenir l'affectation de la salle du Plaza en salle(s) de cinéma, dans le respect de son architecture". En acceptant la pétition, le Conseil Municipal saisit la Ville de Genève de l'enjeu, comme en faisant aboutir l'initiative, ses 11'000 signataires en saisissent le canton. La Commission des Arts & de la culture du Conseil Municipal a également préavisé en faveur de l'acceptation par le Conseil Municipal d'une motion ayant la même teneur que la pétition.

Le Comité d'initiative fera donc recours auprès de toutes instances utiles contre la décision du Conseil d'Etat sortant d'invalider une initiative signée par plus de 11'000 citoyennes et citoyens, et de priver l'ensemble des citoyennes et citoyens genevois du droit de se prononcer sur les propositions de l'initiative. Il appelle les Genevoises et les Genevois à tenir compte, lorsqu'ils choisiront, dans un mois, leur nouveau gouvernement, de l'une des dernières décisions de leur gouvernement sortant, de l'une de ses dernières erreurs politiques et de l'une de ses dernières manifestations de pusillanimité face aux propriétaires fonciers.

dimanche 28 janvier 2018

Musée d'Art et d'Histoire de Genève : ça se décante


Fin juin dernier, la commission externe chargée par le Conseil administratif de la Ville de Genève de dessiner les pistes à emprunter pour rénover non seulement le bâtiment du Musée d'Art et d'Histoire mais aussi son projet, avait présenté son premier rapport intermédiaire. Elle avait alors remis à l'heure une pendule qui s'obstinait à faire tourner ses aiguilles à l'envers, quand on s'interrogeait sur le bâtiment avant que de réfléchir sur ce qu'il devait abriter, et à quoi il devait servir. La défaite en votation populaire du projet de rénovation du MAH aura donc eu au moins cette utilité, de rappeler que le contenu importe plus que le contenant. Six mois après la commission d'experts, c'est Patrimoine Suisse qui rend son propre rapport, "Demain le Musée d'Art et d'Histoire de Genève", un rapport qui se veut -et est- une "contribution utile au travail des autorités", "Patrimoine Suisse expliquant qu'il lui est paru "opportun de quitter la posture d'opposition dans laquelle nous étions afin de lancer des propositions dans un mouvement optimiste". Après des années de polémique pas toujours bien inspirée, et ne portant pas toujours sur l'essentiel, le débat se décante. Il était temps.


"Etre là où on ne vous attend pas, c'est peut-être le sens des musées du futur"


Le directeur du Centre d'Art Contemporain de Genève, Andrea Bellini faisait (dans "Le Courrier" du 23 juin, le même constat que celui que nous distillions ad nauseam : , "le futur d'un musée est moins lié à des enjeux architecturaux qu'à la cohérence et à l'ambition du projet culturel qui définit le musée lui-même. Sans un projet culturel de qualité (...) le musée sculpture n'est qu'une coquille certes attirante, mais vide. Il est alors culturellement vain".

Il y a sans nul doute à Genève, depuis bientôt 500 ans (depuis l'ouverture en 1559, par Calvin, de l'Académie qui se dotera d'une "Chambre des curiosités"), une culture du patrimoine, mais une culture muséale ?  Le Musée d'ethnographie a certes reçu en mai dernier le Prix 2017 du Musée européen pour son offre culturelle, son engagement sociétal et sa scénographie, le Musée de la Réforme le Prix du Musée 2007 du Conseil de l'Europe, pour sa contribution à la connaissance du patrimoine culturel européen, et le Musée de la Croix-Rouge le Prix Kenneth Hudson en 2015 pour sa présentation de la mission humanitaire, mais si cela constate la qualité des musées genevois,  cela fait-il de Genève un "pôle muséal" ?

"Un musée est un point de vue avant d'être un lieu", considère le responsable du développement du Musée de l'Elysée, à Lausanne. Admettons. Mais un point de vue de qui, sur quoi ? sur le musée lui-même? A l'heure des réseaux sociaux, de la circulation quasi immédiate d'une information indistincte de la rumeur, de la confusion du vrai et du faux, de l'essentiel et de l'accessoire, du fondamental et de l'anecdotique, le musée devrait être un lieu producteur de repères, parce qu'il est "gardien de mémoire, rempart contre l'oubli, l'ignorance, l'infondé". Cette tension entre l'histoire (celle du bâtiment, celle de la muséologie) et le projet culturel donne d'ailleurs tout son intérêt au débat sur le contenu du musée : s'il ne s'agissait que de préserver le bâtiment, on pourrait se contenter de moderniser le projet muséologique "encyclopédique" du XIXe siècle, et s'il s'agissait de se doter d'un nouveau projet sans égard pour le bâtiment, on pourrait de celui-ci faire table rase. Or ni, évidemment, Patrimoine Suisse, ni le groupe d'experts commis par le Conseil administratif ne préconisent l'un de ces deux termes d'une alternative aussi simpliste.

"Etre là où on ne vous attend pas, c'est peut-être le sens des musées du futur", suggère Marie-Pierre Bathany, directrice du Fonds Leclerc pour la culture. Il reste à espérer qu'avec le nouveau MAH, Genève proposera précisément un musée "là où on ne l'attend pas".










mercredi 15 novembre 2017

Saison des intempéries sur le Grand Théâtre


Coitus interruptus

Comme on le sait, le Grand Théâtre prend l'eau. Le 13 octobre dernier, le département municipal de Constructions et de l'Aménagement avait annoncé d'importantes infiltrations d'eau en sous-sol, retardant de quatre mois le chantier de rénovation du bâtiment de la place Neuve, et d'autant le retour de l'Opéra sur son site -ce qui du même coup l'empêche d'ouvrir chez lui sa saison 2018-2019, avec tout ce que cela implique de perturbations de sa programmation (exit, la Tétralogie wagnérienne prévue), de pertes de ressources et de dépenses supplémentaires à sa charge. Le PLR a d'ailleurs sauté sur l'occasion pour exiger (par voie de motion qui ne peut rien exiger, le Conseil administratif en faisant à peu près ce qu'il veut) la nomination d'un expert "indépendant". Et presque en même temps (c'est la saison des intempéries), le Conseil d'Etat annonçait qu'il renonçait à proposer au Grand Conseil que le canton prenne sa part de la "gouvernance" de la principale institution culturelle (hors l'école) de la région.


Le champ culturel n'est pas un jeu de legos, qu'on assemble ou disjoint à sa guise

Au printemps, on semblait proche d'un accord entre les exécutifs du canton et de la Ville de Genève sur la "gouvernance" et le financement du Grand Théâtre. La majorité de la commission des finances du Grand Conseil avait certes préavisé négativement la subvention cantonale de trois millions de francs au Grand Théâtre, mais le Grand Conseil l'avait finalement votée : elle restait de toute façon quatre fois moins importante que celle accordée par la Ville, laquelle se charge en outre des salaires de la moitié du personnel de l'institution, de l'entretien et de la rénovation du bâtiment et de l'équipement technique (au total, la Ville paie chaque année autour de 45 millions de francs pour "son" opéra). Le budget du Grand Théâtre, de 64 millions pour la saison 2017-2018, ne pouvait être équilibré si la subvention cantonale ne lui était pas accordée (elle avait d'ailleurs été inscrite au budget cantonal), alors même que les dépenses artistiques de l'opéra sont couvertes par les recettes des spectacles. La subvention cantonale avait finalement été accordée, mais il y a quelques jours, le Conseil d'Etat annonçait qu'il suspendait la négociation avec la Ville sur la répartition de leurs tâches, charges et responsabilités respectives dans le Grand Théâtre et qu'il se retirait du Conseil de Fondation de l'institution (dont au passage le président du gouvernement cantonal disait toute l'absence d'importance qu'il lui accordait). "Nous renonçons à mettre le pied dans le Grand Théâtre", résumait François Longchamp - à vrai dire, ce n'était pas son pied que la Ville attendait que le canton il y mette, mais un peu de sa tête. Il n'y mettra donc qu'un peu d'argent, sans garantie de pérennité.

Que signifie le coitus interruptus du canton ? D'abord, sans doute, une pression sur la Ville : la participation pérenne du canton à la "gouvernance" et au financement du Grand Théâtre est une garantie de sécurité pour l'institution, dont le déficit structurel, depuis plus de dix ans, est de plusieurs millions, et qui n'est tant bien que mal comblé qu'en prélevant une partie des recettes des spectacles -ce qui réduit les ressources artistiques de l'opéra. Se retirer de la Fondation, et ne pas garantir d'apport durable à son fonctionnement, c'est évidemment la prendre en otage mais c'est aussi exercer sur la Ville, dont dépend l'existence même du Grand Théâtre, une forme de chantage : soit vous faites ce qu'on vous dit de faire, soit vous assumez seuls les conséquences de votre refus de le faire.
Mais c'est aussi prendre le personnel du Grand Théâtre en otage : la majorité de celles et ceux qui y travaillent sont des employés de la Ville, au bénéfice du statut du personnel municipal. Le projet plane depuis des années d'une unification du statut de tout le personnel, non pas en incluant les employés de la Fondation dans le personnel municipal, mais en faisant passer les employés municipaux sous statut de droit privé. Le canton en fait même, explicitement, une condition d'un accord avec la Ville, alors que les personnel et ses syndicats se mobilisent contre "toute forme d'externalisation" de l'emploi dans l'institution.
Enfin, c'est bien dans le cadre, contesté et contestable, de la "répartition des tâches" entre le canton et les communes -ici, la Ville- qu'il faut replacer l'épisode. Négociée, s'agissant du champ culturel, directement entre les exécutifs de la Ville et du canton, sans concertation avec les acteurs culturels, ni avec le personnel des institutions concernées, elle trouve dans le conflit sur le sort du Grand Théâtre ses évidentes limites politiques. Le champ culturel n'est pas un jeu de legos, qu'on assemble ou disjoint à sa guise, ni un terrain vague dont on peut faire ce qu'on veut. Et s'il n'est pas surprenant que ce soit sur le sort de la principale institution culturelle du canton que s'immobilise cette "nouvelle répartition des tâches", c'est sans grands regrets qu'on prendra acte de cet échec. Pour que le canton et la Ville puissent "faire ensemble" une politique culturelle, il faut bien qu'ils le veuillent ensemble, et veuillent à peu près la même chose.
Et qu'ils n'oublient ni l'un, ni l'autre, qu'ils ne sont ni l'un, ni l'autre, les acteurs réels de la culture vivante -et qu'ils n'ont donc pas à prendre en otage le Grand Théâtre et les 300 personnes qui y travaillent.

dimanche 17 septembre 2017

«Pour une politique culturelle cohérente à Genève»



Une évidence à imposer

Une initiative populaire cantonale «Pour une politique culturelle cohérente à Genève» a été lancée par un groupe d'acteurs culturels, le 30 août dernier. Elle  propose d'inscrire dans la constitution genevoise les conditions d’une nouvelle politique culturelle, fondée sur une collaboration active entre les communes, les villes et le canton. Les initiants souhaitent que le canton coordonne, en concertation avec les communes, une politique culturelle dans les domaines de la création artistique (production et diffusion), du patrimoine, de l’accès à la culture et des appuis aux institutions et co-finance la création artistique et les institutions culturelles. Cette initiative s'inscrit, évidemment, dans le débat sur la "nouvelle répartition des tâches", après que le mouvement "Culture Lutte", pour qui les acteurs culturels se sont "fait avoir" par une négociation qui s'est faite"dans leur dos", ait diffusé une lettre ouverte, signée par 400 acteurs et actrices culturels genevois, alertant sur les conséquences du pseudo "désenchevêtrement" des tâches et actions culturelles entre les communes (à commencer par la Ville) et le canton.  Pour les initiants comme pour "Culture Lutte" et comme pour la gauche genevoise, il conviendrait à Genève que la politique culturelle se mène en assumant le  "faire ensemble" plutôt que le "chacun chez soi". Une évidence ? Sans doute. Mais on est à Genève, où les évidences ont parfois quelque peine à s'imposer. Alors si une initiative peut y concourir... Des listes de signatures peuvent être téléchargées sur
http://prenonslinitiative.ch/

Sous la répartition des tâches se niche, précautionneusement, l'épuration culturelle.


Dans une "déclaration conjointe" du 18 novembre 2015, la Ville et le canton annonçaient qu'un "désenchevêtrement" sera effectué dans le champ cuélturel pour les institutions "intermédiaires", l'aide à la création dans les arts de la scène, l'aide à la diffusion et au rayonnement, la politique du livre, les musées et diverses institutions jusque là financées à la fois par la Ville et le canton. Et cette "première phase" du "désenchevêtrement" dans le champ culturel interviendrait "dans le cadre du budget 2017"... Suivait, dans la déclaration, une liste dont on vous fait grâce, sauf à en relever l'incohérence, des bénéficiaires de subventions de la Ville qui seront reprises par le canton, de bénéficiaires de subventions du canton qui seront reprises par la Ville et de bénéficiaires de subventions croisées qui continueront à en être bénéficiaires, les "questions qui fâchent" (le Grand Théâtre, l'OSR, la Bibliothèque de Genève... mais surtout pas le Musée d'Art et d'Histoire...) étant remises à traitement ultérieur. Ces contradictions se retrouvent dans la loi : elle ne transfère pas les "grandes institutions" au canton, puisque la Nouvelle Comédie est remise intégralement à la Ville, que le MAH y reste, et que le sort du Grand Théâtre est pour le moins nébuleux. En ce qui concerne les domaines culturels, la cohérence de la répartition des tâches est tout aussi contestable : le théâtre va à la Ville, le cinéma au canton. La politique du livre passe au canton, les bibliothèques restent à la Ville. Et les conséquences de cette répartition sur la politique culturelle, son contenu, ses choix, pourraient bien se révéler perverses : ainsi, en faisant de la Ville le seul subventionneur du domaine théâtral, on contraint les deux théâtres publics (le Grütli et la Comédie) et les théâtres privés subventionnés, non seulement à ne plus dépendre désormais que d'une seule source de financement stable, mais aussi à devoir financer eux-mêmes les invitations à des compagnies extérieures (étrangères ou non).

Les initiants de "pour une politique culturelle cohérente à Genève" ne sont certes pas opposés à un désenchevêtrement, là où il y a quelque chose à "désenchevêtrer", ils sont opposés au "désenchevêtrement" dont a accouché la "nouvelle répartition des tâches" mise en oeuvre entre le canton et la Ville. L'enjeu, finalement, est assez clair : il s'agit d'éviter que la Ville et les autres communes menant réellement une politique culturelle se retrouvent seules ou presque à assumer le soutien à la création, pendant que l'effort du canton se concentre sur les grandes institutions (et encore, pas toutes : le fonctionnement de la Nouvelle Comédie sera entièrement à la charge de la Ville, et une majorité de droite de la commission du Grand Conseil refuse le projet du Conseil d'Etat d'accorder une modeste subvention cantonale au Grand Théâtre). Il s'agit aussi d'affirmer la nécessaire complémentarité entre les diverses sources de financement publiques, ce que d'ailleurs la loi cantonale sur la culture recommande. Certes, comme l'a relevé Sami Kanaan dans une réponse à la lettre ouverte de "Culture Lutte", la nouvelle répartition des tâches (LRT) en matière culturelle, si elle s'inscrit "dans un contexte politique particulièrement difficile pour la culture", avec des offensives constantes de la droite cantonale et de la droite municipale contre les budgets et contre les projets culturels (ainsi le PLR municipal a-t-il refusé d'entrer en matière sur l'installation d'un Pavillon de la Danse contemporaine...), mais, ajoute-t-il, "elle n'en est pas la source". Elle en est plutôt, en effet, le produit, et l'expression.

Dans ces conditions, et dans le rapport de force politique qui règne à Genève (surtout au niveau cantonal), c'est sans doute à tort que l'on prend les grandes institutions culturelles comme l'enjeu principal du débat. En réalité, le Grand Théâtre, la Nouvelle Comédie, l'OSR, le MAH, n'ont pas grand chose à craindre : nul ne se risquera à les mettre en réel danger -on se contentera de les mettre en difficultés, sans d'ailleurs que cela procède d'une stratégie délibérée : l'incompétence, l'inconsistance et l'inconstance y suffisent. Il en va tout autrement de la culture émergente, expérimentale : sur celle-là, ses lieux, ses acteurs, ses créateurs, et son public, pèse la menace d'une "rationalisation" administrative et technocratique sans projet culturel, mais avec, toujours, à droite, une sorte d'arrière-pensée : concentrons-nous sur les lieux de prestige (ou "d'excellence") et laissons tomber ses agitateurs et ces agitatrices dont le public n'a aucun intérêt électoral.

Sous la répartition des tâches se niche, précautionneusement, l'épuration culturelle.

samedi 8 juillet 2017

Appel : LE CINEMA "LE PLAZA" NE DOIT PAS ETRE DETRUIT





Vous trouverez ci-dessous (et sur https://www.fichier-pdf.fr/2017/07/06/appel-plaza/) le texte d'un appel à soutenir l'initiative populaire  pour sauver le cinéma "Le Plaza", menacé, pour de pures raisons de "rentabilité" financière, d'être détruit et remplacé par un centre commercial.

Nous vous invitons à signer cet appel en le renvoyant à son expéditeur (
pascal.holenweg@infomaniak.ch), et vous en remercions par avance.

Ensemble, nous pouvons faire reculer la loi du fric.

     

Appel : LE CINEMA "LE PLAZA" NE DOIT PAS ETRE DETRUIT
et nous soutenons donc l'initiative populaire législative
"Le Plaza ne doit pas mourir"


C'est, ou c'était (mais il peut-et doit-renaître) le plus beau cinéma genevois : "Le Plaza", à Chantepoulet. Aujourd'hui, le projet de ses propriétaire (qui n'ont jamais eu la moindre intention de reprendre son exploitation comme salle de cinéma, après que le groupe Metrociné l'ait abandonnée) est de le détruire pour y reconstruire à la place un centre commercial, et sous le centre commercial un parking (et sur le centre commercial, histoire de diluer un peu les objectifs purement financiers de l'exercice, des "logements pour étudiants" qu'on pourrait d'ailleurs parfaitement créer au-dessus du cinéma sans l'avoir détruit). Ce projet a obtenu l'autorisation de construire -et donc celle de détruire la salle- qui lui était nécessaire. Il l'a obtenue malgré toutes ses tares (à commencer par celle de nécessiter, pour pouvoir être autorisé, une dérogation générale à quasiment toutes les lois qu'un projet de ce genre est supposé respecter). Sous réserve du sort qui sera réservé à une opposition déposée contre cette autorisation de démolir et de construire, et compte tenu de la passivité, de la résignation et de l'inertie des autorités cantonales et municipales dans ce dossier*, il ne reste donc que la voix populaire qui puisse être assez forte pour sauver le Plaza et en faire le centre d'un véritable "quartier du cinéma". C'est cette voix que nous sollicitons, par une initiative proposant l'expropriation, pour cause d'utilité publique et au bénéfice de la Ville de Genève, de la société propriétaire de la salle.

Comme le rappelle le directeur de la Cinémathèque suisse, Frédéric Maire, "Se retirer du monde, dans le noir et en silence, avec des inconnus autour (de soi), (en se concentrant) pendant deux heures sur une seule activité, où le corps et la pensée ne sont pas divisés : seule la fascination du cinéma peut réaliser cela". C'est le "miracle du cinéma". Et il ne se produira jamais dans un centre commercial.
Et c'est ainsi qu'à Genève, se battre pour sauver une salle aussi emblématique (et aussi belle) que celle du Plaza, c'est se battre pour sauver le lieu d'un miracle.

Comme nous, soutenez et signez l'initiative populaire législative
"Le Plaza ne doit pas mourir"

Nom, prénom            ........................................................................................
Fonction, qualité       ........................................................................................

Des feuilles de signatures sont téléchargeables sur
https://www.facebook.com/PlazaCitta/

Pour plus d'informations et d'éléments de débat :
Groupe Facebook "Le Plaza ne doit pas être démoli"
http://fb.me/PlazaCitta
dialoguez sur http://m.me/PlazaCitta


samedi 17 juin 2017

L'Opéra otage


Partage ou répartition des tâches culturelles ?

Une majorité (PLR, UDC, MCG) de la commission des Finances du Grand Conseil s'est opposée à l'octroi en 2017 et 2018 d'une subvention cantonale au Grand Théâtre. Cette subvention devait engager le canton dans une participation pérenne au budget de l'Opéra, actuellement assumé, s'agissant des collectivités publiques, essentiellement par la Ville de Genève mais aussi, pour le complément, par les communes (via un fonds de l'Association des communes genevoises). Cette participation financière devait s'accompagner d'une entrée du canton dans le Conseil de fondation de l'institution. Bref, on allait peut-être s'engager dans un véritable partage (et non seulement une répartition) des tâches, et dans la concrétisation d'un principe de "faire ensemble", mais dont, apparemment, une majorité de députés cantonaux ne veulent pas. Et surtout, dont ils ne comprennent pas l'enjeu, pas plus qu'ils ne comprennent les enjeux de politique culturelle -ni même ne s'y intéressent. Avant d'espérer "boucler" le dossier de la répartition des tâches entre le canton, la Ville et les communes dans le domaine culturel, ne conviendrait-il pas d'ouvrir un programme d'alphabétisation des députés du Grand Conseil sur les enjeux de la politique culturelle ? A en juger par les débats, ou leur absence, au parlement cantonal  sur ces enjeux, un tel programme semble s'imposer d'urgence -à tel point qu'à comparer ces débats au parlement cantonal avec ceux, réguliers et parfois acharnés qu'on s'offre au parlement municipal, notre modestie foncière d'élus locaux s'en trouve douloureusement atteinte.




Dulcis in fundo

En novembre 2013, les deux magistrats en charge de l'essentiel de la politique culturelle genevoise, le Conseiller d'Etat Charles Beer et le Conseiller administratif Sami Kanaan, affirmaient de concert leur volonté de  faire travailler le canton et la Ville ensemble dans le champ culturel (six mois avant, une nouvelle loi cantonale sur la culture avait été adoptée par le Grand Conseil -mais cette loi n'avait pas pour objectif un hypothétique "désenchevêtrement"). En novembre 2015, le Conseil d'Etat et le Conseil administratif publiaient une "déclaration conjointe" redéfinissant "les compétences respectives du canton et de la Ville dans le domaine de la culture". Première traduction concrète ?  Pour arracher le soutien du PLR cantonal au financement du projet de Nouvelle Comédie, la Ville a dû prendre totalement, et seule, à sa charge le fonctionnement de la Nouvelle Comédie (et du Poche : le canton désertant la Fondation d'Art Dramatique qui chapeaute les deux théâtres). Deuxième épisode : la commission des finances du Grand Conseil refuse le partage des responsabilités sur le Grand Théâtre. Fini le "faire ensemble" et les responsabilités partagées : on se partage les institutions comme on se partagerait des territoires, avec pour mot d'ordre "chacun chez soi".

Le Grand Théâtre, l'Orchestre de la Suisse romande, la Bibliothèque de Genève, le Musée d'Art et d'Histoire : ces quatre institutions culturelles, dont le rôle et le rayonnement dépassent largement les limites de la Ville (mais également celles du canton) sont municipales. Doivent elles devenir cantonales, puisqu'en réalité elles sont régionales ? Et le canton est-il prêt à en assumer totalement la charge ?  Le canton, en tout cas, ne veut pas du musée. De son côté, si la Ville de Genève n'a aucune intention de "fermer les portes" du Grand Théâtre au canton -elle plaide depuis des années pour qu'il prenne sa part de la charge que représente l'opéra-, elle n'a pas non plus l'intention de devenir la concierge d'une institution dont le canton deviendrait maître.  Le canton assumerait-il toute la charge du Grand Théâtre, ou la partagerait-il avec la commune ? Parce que si la Ville, qui année après année assume les 45 millions (voire plus, si on y ajoute les investissements -la Ville s'apprête d'ailleurs à remettre quelques millions dans la rénovation du bâtiment de la place Neuve -la Ville, seule) de charge financière que représente le Grand Théâtre, est disposée à partager non seulement cette charge, mais aussi la responsabilité de l'institution -autrement dit : le pouvoir sur l'institution, dans une "gouvernance partagée", elle n'est pas prête à ce que ce partage la confine à un rôle aussi subalterne que coûteux, à ce qu'elle continue à payer le bâtiment, son entretien, sa rénovation, et les équipements, et le personnel, pendant que le canton ne se chargerait que de la subvention d'exploitation, qui représente moins du quart du coût total de l'opéra.

Avec le Grand Théâtre, on touche donc aux limites d'une "répartition des tâches" conçue comme un partage de territoire. Et on s'achemine vers un solide conflit, non pas tant entre la Ville et le canton, mais entre ceux qui considèrent que la politique culturelle est un enjeu considérable et ceux qui s'en foutent ou n'y comprennent rien, mais ont tout de même un pouvoir de nuisance, puisque de décision. Et à la faveur de ce conflit, on pourrait fort bien s'en offrir un autre : avec le personnel de la principale institution culturelle de toute la région (l'école mise à part). Si une institution ou une administration passe de la Ville au canton, le statut de son personnel change. Et plus encore si le canton "privatise" ce statut après avoir repris l'institution. Actuellement, plus de 150 employés de la fonction publique municipale sont affectés au Grand Théâtre. Le canton n'a aucune intention d'en faire des employés de sa propre fonction publique. Par qui seront-ils employés, à quelles conditions, sous quel statut si le canton reprend l'institution ? Et (dulcis in fundo) après quel conflit social ?

On suggérera donc, à tout hasard, à la nouvelle direction du Grand Théâtre de commander à quelque compositeur notable de notre temps une adaptation lyrique de "La Grève" d'Eisenstein : elle pourrait se révéler idoine pour l'ouverture d'une saison à venir.

vendredi 16 juin 2017

SAUVER LE PLAZA : UN ENJEU CULTUREL



SAUVER LE PLAZA, UN ENJEU CULTUREL

Nombre de salles de cinéma ont fermé à Genève ces quinze dernières années. Pour en maintenir plusieurs au centre-ville, et les maintenir en tant que cinémas indépendants, la Ville a accordé pour quatre d'entre elles, sur décision du Conseil Municipal, une subvention d'un peu moins de 4 millions de francs, en sus de son engagement dans les deux salles du Grütli et de son soutien au Spoutnik. Cet effort doit se poursuivre: il est pour nous inacceptable de transformer un espace culturel en centre commercial, même si on le fait surplomber de logements étudiants (qu'on peut d'ailleurs parfaitement installer au-dessus d'une salle de cinéma maintenue).
Il serait en outre totalement absurde que la collectivité publique accorde chaque année une aide de plusieurs millions de francs (2,5 millions rien que pour CinéForum) à la production de films sans se préoccuper du maintien de lieux où voir les fils ainsi produits -surtout si ces lieux ont, outre leur rôle culturel, une valeur patrimoniale majeure, comme le Plaza.

Les salles de cinéma genevoises accueillent chaque année 1,5 million de spectateurs (en chiffres cumulés). On n'est donc pas dans le cadre d'une demande culturelle marginale.

Inauguré en 1952, le Plaza était le plus grand cinéma genevois, avec ses 1250 places initiales. Il est fermé depuis onze ans, "faute de public" selon ses actuels propriétaires. Après onze ans d'inexploitation, la salle a besoin d'être réadaptée (en respectant sa conception) aux attentes actuelles du public.

Il est en effet difficilement concevable que le Plaza soit totalement converti en théâtre ou en salle de concert. En revanche. il est parfaitement concevable qu'il ne soit pas seulement une salle de cinéma, à l'exemple de l'ex-"Manhattan", devenu Auditorium Arditi...Cette salle ne se prête en effet pas à un autre usage que celui d'une salle de cinéma, ou éventuellement, et restrictivement, de spectacle. Il est surtout (et tel est le sens du projet que nous défendons) parfaitement concevable de faire du Plaza le lieu central d'un véritable "quartier du cinéma", au centre-ville, et à deux pas de la gare principale.


UN PROJET CULTUREL

Que faire du Plaza ? On peut en en élargir la fonction, le rôle, la place, sans attenter ni à son histoire, ni à sa configuration architecturale. Le sauvetage de l'ex-Manhattan, oeuvre lui aussi de Marc-Joseph Saugey, devenu l'Auditorium Arditi-Wilsdorf, prouve qu'il est possible de réaffecter au cinéma une salle de cinéma  patrimoniale, en respectant son architecture tout en la rénovant et en la rééquipant -et en élargissant sa fonction. Il est possible de le faire, comme il est possible d'installer dans cette salle, sans l'altérer, l'appareillage technique et les éléments de conforts attendus par le public le plus exigeant.
Le Plaza a toutes les qualités nécessaires à un projet culturel : il est au centre ville, accessible facilement par transports publics, à deux pas de la gare et des quais, et entouré d'un espace qui peut être requalifié, et dans lequel des activités en lien avec la sienne -le cinéma- peuvent être proposées, de telle manière qu'il redevienne un lieu de socialisation, de sorties, de visites. La ville de Genève n'abrite plus aucune grande salle de cinéma prestigieuse  : soit elles ont disparu, comme le Rialto, soit elles sont été réaffectées, comme le Paris-Manhattan ou l'Alhambra. Une salle comme le Plaza pourrait accueillir des manifestations publiques importantes, comme le prix du cinéma suisse.
Un cinéma n'est pas seulement un lieu de projection : c'est un espace social -et c'est peut-être de l'avoir oublié que des salles ont périclité. La programmation joue ici un rôle déterminant : plus l'offre est large, plus le public est large, et plus facilement une partie de ce public se rendra dans une salle non seulement pour y voir un film, mais aussi pour tout ce que la salle peut, autour du film, à son propos ou son prétexte ou non, proposer. Car autour d'un film, on peut proposer des événement, des spectacles, des expositions, des prolongements au film et des accompagnement du film -et des spectateurs... Et il faut donner à un nouveau public l'envie de se déplacer vers la salle de cinéma, et à un ancien public l'envie d'y revenir. L'aménagement matériel du lieu joue ici un rôle important : plus il sera chaleureux, convivial et confortable, (et plus l'accueil, la réception du public y sera de qualité, plus il sera qualitativement supérieur aux multiplexes, plus le public aura envie de s'y rendre -de se rendre en un lieu qui ne sera pas seulement une salle de projection, mais aussi un café-restaurant, une librairie, un espace d'exposition -pas seulement un lieu de spectacle, mais aussi un lieu de rencontres, dans ce qui n'est pas seulement un lieu que l'on peut investir pour en faire le coeur d'un "quartier du cinéma", mais qui est aussi une oeuvre d'art.


Des feuilles de signatures pour l'initiative "Le Plaza ne doit pas mourir"  sont téléchargeables sur http://www.fichier-pdf.fr/2017/05/24/initiative-populaire-cantonale-lEgislative-formulEe-plaza/