mardi 6 octobre 2015

Anciennes pitreries et Nouvelle Comédie : Quand le PLR surjoue Tartuffe


   

Par neuf voix (PLR, UDC, MCG) contre six (la gauche et le PDC), la commission des travaux du Grand Conseil a décidé d'inviter le parlement genevois à refuser d'entrer en matière sur le crédit proposé par le Conseil d'Etat pour compléter celui que la Ville de Genève, par un vote largement majoritaire de son Conseil Municipal , à accordé au projet de "Nouvelle Comédie". Les explications données par le PLR pour justifier le vote de ses commissaires (l'opposition du MCG et de l'UDC étant déjà connue et, s'agissant d'un projet culturel, relève du réflexe pavlovien) sont d'une assez monumentale tartufferie : le PLR a d'abord voulu ajourner le vote, alors que tous les éléments du projet set tous les critères d'un prononcement, quel qu'il soit, sont connus  sont connus depuis des mois. Il a ensuite expliqué qu'il fallait attendre les premiers résultats de la réforme de la répartition des compétences entre les communes (et, s'agissant de la culture, surtout de la Ville) et le canton, réforme qui n'aboutira pas (si elle aboutit...) avant 2017 alors que le chantier de la Nouvelle Comédie devrait s'ouvrir en 2016, si on veut éviter que les coûts prennent l'ascenseur. Il a enfin, par la voix du député Zweifel, considéré que la Ville pouvait tout payer toute seule (alors que le PLR de la Ville ne cesse de clamer que la Ville est au bord du gouffre financier), et conclu en apothéose tartuffière, par la voix du président du parti, Alexandre de Senarclens, que ce n'était "pas de gaieté de coeur" que le PLR s'apprêtait à couler le projet en rendant impossible son financement paritaire entre la Ville et le canton...


La culture coûte tro cher ? Essayez l'inculture...

  Le PLR s'apprête donc à rejoindre l'UDC et le MCG dans le refus du financement cantonal du projet de Nouvelle Comédie, la Ville de Genève ayant, elle, accepté sa part (équivalente à celle du canton) dans ce financement. Si l'opposition du PLR au financement du projet de nouvelle Comédie fait basculer la majorité parlementaire dans le refus de ce financement, soutenu par la gauche et le PDC et déjà combattu par l'UDC et le MCG, le projet est-t-il condamné ? non. D'abord, parce que la moitié de son financement est déjà acquise par la décision du Conseil Municipal de la Ville de Genève de voter les crédits nécessaires, et qu'aucun référendum municipal n'a été lancé contre cette décision. Ensuite, parce qu'une initiative populaire pourrait suppléer au refus du Grand  Conseil si, dès son lancement, elle est portée par une large mobilisation de la "société civile", et soutenue par un large front politique, autour de la gauche et du PDC. Enfin, parce qu'au Conseil Municipal, la levée de la conditionnalité du crédit municipal par le vote du Grand Conseil est aussi envisageable, comme d'ailleurs un crédit additionnel, mais là encore, la gauche à elle-seule ne suffira pas à l'obtenir. Rien, en tout cas, ne sera obtenu pour la Nouvelle Comédie sans une forte mobilisation de cette part de la "société civile" pour qui la culture n'est pas la cerise sur le gâteau, mais la pâte même du gâteau -l'étoffe dont sont tissées nos sociétés, et dont le théâtre dévoile la trame.

Reste donc, en attendant, à tenter de convaincre une majorité du Grand Conseil de soutenir la proposition du Conseil d'Etat : l'accord de la gauche est acquis. Celui du PDC semble l'être aussi, en principe (mais connaissant l'animal, on n'en sera sûr qu'après le vote). Et le PLR est divisé. Y'aura-t-il au sein de ce parti suffisamment de députés et de députées capables de réfléchir et de voter par eux-mêmes (en bons libéraux, si ce qualificatif a encore un sens), en fonction du projet qui leur est soumis et non des ordres reçus de leurs chefs, sous-chefs et caporaux ?

Au fond, en sabordant le financement du projet de Nouvelle Comédie, c'est aussi la Loi cantonale sur la Culture et la réforme de la répartition des tâches que le PLR saborde : la loi, en réduisant l'ambition du canton de prendre sa part de la politique culturelle à un discours sans engagement réel, et la réforme, utilisée d'ailleurs comme prétexte pour ne pas accepter de financer la "fabrique de théâtre", en campant sur la situation actuelle qui voit la Ville prendre à sa charge la plus grande part du financement des grandes institutions culturelles. Le projet de Nouvelle Comédie, c'est le test de légitimation de la nouvelle Loi cantonale sur la culture, et de vérification de la réalité des discours tenus sur la nouvelle répartition des tâches entre le canton  et les communes, et en particulier entre le canton et la Ville, dans un domaine -la politique culturelle- où la présence du canton tient de la figuration hallebardière. Couler à la fois la Nouvelle Comédie, la Loi sur la Culture et la nouvelle répartition des tâches ? Beau travail, les gars... "Vous trouvez que la culture coûte trop cher ? Essayez l'inculture"... et votez PLR.

La Nouvelle Comédie, ce n'est pas l'actuelle Comédie déplacée et agrandie, c'est une "fabrique de théâtre" comme Genève n'en a jamais connue -une institution culturelle centrale, dans un quartier nouveau. Ce projet  est le projet culturel le plus important de ces vingt dernières années, et pour les vingt années à venir : ce n'est pas, comme pour le projet MAH+, un projet de rénovation et d'extension d'une institution existante, on est bien au-delà d'une simple (mais coûteuse) "nouvelle salle" : on est dans un projet de nouvelle institution culturelle, avec une nouvelle ambition et un nouveau cahier des charges.  Et c'est sans doute bien ce qui effraie le plus la droite. Ce projet ne se heurte à aucune opposition "patrimoniale" (c'est un projet ex nihilo), aucune opposition à la nature d'un financement privé (il n'y a pas de Gandur à l'horizon) : restent une opposition financière (faut faire des zéconomies), une opposition corporatiste (incarnée par le PLR Frederic Hohl, dont l'argumentation d'organisateur de spectacle et d'"événements" se résume en gros à "moi, ce théâtre, j'en n'ai pas besoin"), et une opposition culturelle (ou inculturelle ?) : le théâtre qui se fera à la Nouvelle Comédie n'intéresse que quelques centaines d'întellos de gauche, de toute façon, le théâtre est une forme d'expression obsolète, et c'est dans le sport qu'il faut investir, pas dans la culture.
Il est vrai que jamais un Hohl de gare ne sera un foyer de théâtre...


dimanche 23 août 2015

MAH+ : vivement qu'on vote...


   
     On va donc sans doute voter (probablement au début de l'année prochaine, histoire de pas perturber les élections fédérales de cet automne) sur le projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève. Ce "et" qui ficèle rénovation et extension a toute son importance : il ne sera pas possible de soutenir l'indispensable rénovation d'un musée qui commence à tomber en morceaux sur ses visiteurs et son personnel, sans soutenir en même son extension selon un projet contesté de maintes parts -ni sans accepter son financement lui aussi contesté. Et il ne sera donc pas possible, pour la même raison, de voter "non" à ce projet d'extension sans voter en même temps "non" à la rénovation du vieux bâtiment de Marc Camoletti. "Sans rénovation rapide, le MAH devra fermer, rappelle la co-présidente du comité de soutien ("MAH+) au projet soumis au vote. Elle a raison, Charlotte de Sénarclens. Sauf qu'en ficelant la rénovation du musée à son extension dans la version Nouvel-Jucker, les partisans de celle-ci, y compris le Conseil administratif et le Conseil Municipal, ont pris le risque de sacrifier celle-là. Autrement dit, de sacrifier l'indispensable sur l'autel du (forcément) contestable (tout projet l'est).

Deux représentants des Ateliers Jean Nouvel, invités en avril par le "Cercle de soutien au MAH", ont qualifié de "dogmatiques" les oppositions au projet, et assuré ne pas être "ébranlés par les convictions de la partie adverse (car) tout cela semble très politique" (un mot grossier, "politique", apparemment). Soit. Alors, soyons dogmatique. Et politique puisque référendum il y a eu, qu'il a très vraisemblablement abouti, que vote populaire très vraisemblablement il y aura, et que débat politique il pourra donc, peut-être, éventuellement, y avoir (quoi de plus "politique" en effet qu'un référendum populaire ?), et pas seulement un étripage sur le pognon ou les vieilles pierres...  "Les opposants se battent contre autre chose que le projet architectural", ajoutent nos nouvelophiles (qui se trompent en tout cas sur les motivations des opposants pour des raisons patrimoniales qui, eux, se battent précisément contre le projet architectural, et ont récolté plus de la moitié des signatures du référendum).

Pourquoi rénover et agrandir un musée, qu'y mettre, et qui y convier ?  "Premier objet de la collection, le bâtiment (du musée) est au service du contenu", écrit le MAH  en octobre 2014, dans ses "éléments pour un projet culturel". Alors, certes, sur l'ensemble des oeuvres et objets qu'il conserve, le MAH actuel ne peut en exposer que 1,5 %, faute de place. Le projet Nouvel-.Jucker prévoit de rendre possible l'exposition de 8 % des collections, y compris celles d'horlogerie et d'instruments anciens de musique. Mais peut-on partir du besoin d'exposer toutes les pièces détenues par le musée pour en justifier l'extension ? Va-t-on exposer les 20'000 pièces de la collection d'horlogerie ? tous les pistolets, toutes les hallebardes, toutes les armures, toutes les croûtes dont on a accepté la donation parce qu'une pièce de valeur s'y était glissée et qu'on ne pouvait l'accepter sans accepter aussi les croûtes ?

Un musée n'est pas une Maison de quartier ou un centre de loisirs. Il n'importe guère à sa fonction qu'il soit doté d'un restaurant panoramique (même offrant "une vue unique sur le Vieille-Ville et la rade, de jour comme de nuit", ainsi que le MAH le vante)-et un conservateur est autre chose qu'un chargé de com'... Pour un musée comme pour n'importe quel équipement culturel, il ne suffit plus d'exister, il faut aussi pouvoir justifier son existence et le soutien matériel reçu de la collectivité. De cette justification, sans doute la fréquentation, l'audience, peuvent-elle être un critère (en en tout cas un argument pour obtenir un financement), mais à en faire le critère essentiel, on ravalerait l'institution (le musée) au rang d'un centre commercial ou d'un parc d'animation -or on  parle ici du MAH, pas de Disneyland... même si l'ombre de l'Oncle Picsou plane sur le dossier.

Optimistes comme on est (forcément, on est de gauche..), on attend donc que s'ouvre vraiment un vrai débat sur le projet de nouveau Musée d'Art et d'Histoire dans les murs de l'ancien. Un débat sur l'impact architectural du projet, bien sûr (ce débat là est déjà lancé), sur son financement (et le fameux "partenariat public-privé" qui l'assure, avec l'apport de la Fondation Gandur pour l'Art), et sur le projet culturel qui justifie l'effort proposé à la Ville de Genève.  Après le vote du Conseil Municipal, favorable (par 49 voix contre 25) au projet d'extension du Musée d'Art et d'Histoire qu'il co-finance avec la Ville de Genève, l'homme d'affaire et collectionneur Jean-Claude Gandur, ravi de ce vote, a admis que, référendum oblige, "de toute façon, le peuple décidera. C'est sa ville et c'est son musée" ("20 Minutes" du 22 mai).
On ne saurait mieux dire, camarade...

lundi 29 juin 2015


    
Le lièvre, la tortue et la votation

Les Verts genevois, divisés, ont décidé de ne pas soutenir le référendum lancé contre le projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire et de laisser les référendaires récolter les signatures nécessaires avant de se prononcer sur le fond, lorsque le référendum aura abouti. Seuls une coalition et un parti politiques soutiennent donc, aux côtés des défenseurs du patrimoine, ce référendum : l'UDC et « Ensemble à Gauche ». Vu les profils et les motivations légèrement contradictoires des référendaires, quelque chose nous dit qu'il va falloir attendre (en le souhaitant) l'aboutissement du référendum pour qu'un véritable débat s'engage sur le projet, et pas seulement sur ses à-côtés. On attendra donc. Notre patience est quasiment angélique... D'ailleurs, on attend aussi le fameux Projet Scientifique et Culturel qui doit nous dire à quoi va se vouer le « nouveau MAH » (le « MAH+ »). On attend. On attend la votation populaire et le projet scientifique et culturel. On attend en relisant « le livre et la tortue » On attend en espérant qu'on aura le PSC avant la votation.


Une mauvaise méthode : la technique de la  « belle boîte vide »...

Le projet scientifique et culturel » (PSC) que le MAH élabore depuis octobre 2014, en consultant le personnel et en s'appuyant sur un Conseil scientifique formé de cinq responsables de musées français et suisses, sera (ou non) validé par l'autorité de tutelle (le Conseil Administratif) en octobre 2015, puis rendu public. Les acteurs politiques, les mécènes, sponsors, partenaires et soutiens du musée devraient être associés à cette démarche, qu'il serait, de notre modeste point de vue, souhaitable de soumettre à tout le public intéressé. Y compris, donc, les opposants au projet de rénovation-extension du MAH.. Voilà pour la démarche. Reste l'essentiel : le contenu. En janvier 2015, le MAH (sa direction) exprimait, sinon un projet culturel, du moins une ambition : «Le plus grand musée de Genève se doit d'être un lieu d'ouverture, d'expérience et d'exploration culturelle. Il doit être le catalyseur d'une réflexion citoyenne de la ville sur elle-même; il doit contribuer avec ses habitants et habitantes, visiteurs et visiteuses, à dessiner les pistes de son avenir ». On peut en effet partir de là. Mais seulement pour aller plus loin. Et en se posant les questions : en quoi la réalisation du projet Nouvel-Jucker est-elle la condition nécessaire à la concrétisation du PSC ? la concrétisation du PSC implique-t-elle forcément le projet Nouvel-Jucker, ou est-elle concevable avec un autre projet ? Du PSC ou du projet architectural, lequel justifie l'autre ? On a en tout cas commencé par le projet architectural pour ne s'atteler qu'ensuite au projet culturel, comme si le contenant importait plus que le contenu... Or un projet scientifique et culturel ne devrait pas être, en tant que tel, conditionné par un projet architectural  préalable.

Il y a une différence notable entre le PSC français et le PSC genevois : la validation du premier par l'Etat est une condition de l'aide financière à l'investissement dans un musée (c'est grâce à cet aimable chantage que les PSC se sont d'ailleurs imposés en France), alors que la validation du PSC par la Municipalité genevoise n'a jamais été posée (et il est trop tard pour qu'elle le soit) comme une condition de l'investissement de la Ville dans l'extension du MAH. Dans sa conception française (mise en oeuvre dès le début des années '90), le projet scientifique et culturel d'un musée en définit la vocation et le développement à partir des missions qui lui sont confiées (ou qu'il s'attribue). Il s'agit à la fois de faire un bilan de l'existant, d'en tirer un diagnostic critique, de formuler un projet, de déterminer des objectifs, de poser des priorités. C'est ce type de démarche que la Ville a, en l'adaptant au cadre genevois, demandé à ses musées d'assumer. Dans le cas du MAH, cela paraît d'autant plus judicieux que, comme le rappellait Marie-Hélène Joly en 2009 dans la « lettre de l'OCIM », l'invention du PSC fut d'abord « le fruit de l'expérience de dix années de rénovations architecturales entreprises sur des bases trop faibles » : « le contenant précédant le contenu, on s'est aperçu que la technique de la "belle boîte vide" commandée à un architecte, sans préciser ce qu'on allait mettre dedans ni ce qu'on allait y faire était une mauvaise méthode » plus mauvaise sans doute à Genève et en Suisse qu'en France, puisqu'ici toute décision de rénover, d'agrandir, de construire un musée est susceptible d'être renvoyée devant le peuple, par référendum, surtout s'il s'agit d'une décision publique portant sur un musée public.

« S'il existait la possibilité de rendre obligatoire un référendum (sur le projet de MAH+), je le ferais », avait affirmé Sami Kanaan. Notre magistrat préféré est donc comblé : le référendum, facultatif, a été lancé et aboutira. Et on votera.
Mais on aimerait bien pouvoir le faire en toute connaissance de cause scientifique et culturelle...

mercredi 10 juin 2015

Le "nouveau Musée d'Art et d'Histoire" : l'ancien en mieux, ou autre chose ?


    
MAH + ? Mais plus de quoi ?

Faire entendre, pendant la campagne référendaire, une réflexion socialiste critique (mais aussi prospective) sur la politique muséale, le contenu du projet, la fonction d'un musée, tout ça : voilà à quoi nous allons nous vouer, héroïquement, ces prochains mois -à une sorte de travail de sape (souterraine, forcément, comme toute sape) des certitudes béates. Et des illusions heureuses : on n'a commencé à réfléchir au projet culturel du nouveau musée qu'une fois que nous l'ayons demandé publiquement, et institutionnellement, par une motion que le Conseil municipal a accepté. Mais n'était-ce pas trop tard ? N'était-ce pas par cela qu'il fallait commencer, plutôt que par cela terminer ? Et si on en est insatisfaits, du projet culturel qui nous sera présenté, comment fera-t-on pour le changer, et combien de temps faudra-t-il pour le changer, et qui serait en charge d'un projet différent de celui que la direction actuelle du musée aura proposé ? cette direction elle-même ? Le MAH, c'est-à-dire sa direction, ne fait pas mystère de son intention  : "la notion d'encyclopédie, qui sous-tend la conception originelle et actuelle du MAH, est aussi la pierre angulaire du futur musée", lit-on dans une première réponse, en janvier 2015, à la motion de la gauche réclamant que le contenu culturel du projet d'extension du musée soit exprimé. Le projet culturel du "futur musée" est donc celui du musée actuel... en un peu plus grand, avec un peu plus de moyens, d'espace et de confort. Or cela ne nous suffit pas...



"La victoire sera pour ceux qui auront su faire le désordre sans l'aimer" (Guy Debord)

Le projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève oblige le musée et la Ville à s'interroger sur le rôle même du musée. Oblige, ou devrait obliger : il aura tout de même fallu le demander avec insistance pour qu'un projet scientifique et culturel soit mis en élaboration, et que quelques-uns de ces éléments soient communiqués. Il nous faudrait profiter de l'occasion de la rénovation et de l'extension du MAH pour changer de musée. Changer d'ère, sortir du temps du réformisme culturel né à la sortie de la Guerre Mondiale, et que dans les années soixante incarnèrent à merveille en France un ministre comme André Malraux, des acteurs culturels comme Jean Vilar ou Henri Langlois, un projet comme le Centre Beaubourg (devenu Centre Pompidou)... Sortir de ce temps où la mission d'un musée est de conserver (mission patrimoniale), donner à voir et expliquer (mission pédagogique), étudier (mission scientifique), et où la mesure de sa capacité à remplir cette mission est sa fréquentation, la consommation que "le public" en fait, mesure qui, lorsqu'on la privilégie, arase, écrase, aplanit les contenus jusqu'à  les rendre à  la fois interchangeables et hiérarchisables : il y a plus de public pour voir La Joconde que pour voir Guernica ? La Joconde vaut donc plus que Guernica. Et bien plus que l'Homme qui Marche ou l'Origine du Monde.

Le MAH a été initialement conçu, et fonctionne depuis plus d'un siècle, comme un muée "encyclopédique", et "le musée, comme encyclopédie, montre et explique", une encyclopédie étant "un rassemblement symbolique d'objets présentés selon un ordre systématique qui vise à en révéler la logique", écrit le MAH dans une première réponse, en janvier 2015, à la motion de la gauche réclamant que le contenu culturel du projet d'extension du musée soit exprimé. Et le MAH, c'est-à-dire sa direction, ne fait pas mystère de son intention : le projet culturel du "futur musée" est  celui du musée actuel, en plus grand : un "musée des musées". Une encyclopédie des encyclopédies... Mais une encyclopédie repose, avant même que d'être un "rassemblement symbolique d'objets", sur un projet culturel, voire explicitement politique, qui détermine à la fois l'ordre systématique de ce qu'elle présente (le système n'est pas donné par la nécessité de l'ordre, c'est l'ordre qui est déterminé par un système préalablement conçu) et la logique qu'on veut en tirer : Diderot, d'Alembert, d'Holbach, savent où ils veulent aller avant même d'avoir écrit le premier mot du premier article de leur Encyclopédie, et celle-ci est un instrument de leur projet politique...

Rendre le musée plus familier, la visite du musée plus "normale", à des publics qui s'en tiennent éloignés, c'est une ambition légitime -celle de la "démocratisation de la culture", qui pousse à aller chercher ce public, et, une fois qu'on l'a amené dans les salles, à lui expliquer, lui raconter, ce qu'on lui donne à voir, à  remettre les oeuvres et les objets dans leur histoire  : "L'objectif n'est pas de tout dire, mais d'éveiller, de donner au public le goût de poursuivre sa démarche et de combler son désir d'apprendre" écrit la direction du MAH en janvier 2015. Soit.  La "médiation culturelle" a précisément cette fonction -mais entre qui, entre quoi, est-elle médiatrice ? Et la quête d'un "nouveau public" a-t-elle pour objectif d'additionner ce "nouveau public" à l'ancien, de l'y intégrer, de l'y assimiler, ou de lui adapter le musée ? La "médiation culturelle", la "démocratisation des musées", ont-elles pour but de changer le public ou de changer le musée ?

Il faut que le musée raconte une histoire, et pas une histoire qui n'ait de sens que pour le musée : une histoire qui en ait pour les visiteurs -pour chacun-e d'entre elles et eux. Cette histoire doit partir de la leur, parce qu'il faut bien l'avouer : on s'en fout un peu, du contexte historique, culturel, religieux, de "la Pêche Miraculeuse", on se demande plutôt : qu'est-ce qu'elle nous dit de nous, aujourd'hui ?

jeudi 4 juin 2015

Projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève : un référendum pour un débat de fond


Le Conseil Municipal de la Ville de Genève ayant accepté le projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art & d'Histoire, les opposants à ce projet (Verts, UDC, Ensemble à Gauche) ont lancé un référendum qui, compte tenu de la multiplicité des motivations de leurs oppositions respectives (défense du patrimoine, coût de l'opération, déséquilibre du partenariat public-privé) ne devrait pas avoir grand' peine à aboutir. Le peuple votera donc. Et c'est une excellente chose, non seulement du point de vue démocratique, mais aussi de celui d'un vrai débat public sur l'enjeu culturel du projet. Un enjeu passé totalement au second plan d'un débat décevant, au terme duquel on aura même pu s'offrir le plaisir quelque peu pervers de voter en faveur d'un projet auquel on n'adhère pas, mais qui devait être accepté par le Conseil municipal pour qu'un référendum puisse être lancé, que le peuple se prononce et qu'un vrai débat s'engage sur ce grand absent des joutes parlementaires : le contenu culturel du projet, le rôle qu'on attend que joue le musée rénové et agrandi. Un référendum pour provoquer au débat sur le fond, ou du bon usage d'un droit politique...

"La liberté de tout dire n'a d'ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire" (Jean-Paul Marat)

Le Conseil Municipal de la Ville de Genève a donc adopté, à une majorité pour le moins composite (PS, PLR, PDC, MCG) face à une minorité ("Ensemble à Gauche", Verts, UDC) l'étant à peine moins, le projet du Conseil administratif de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire. Fin du premier des trois rounds du match politico-culturel. Un référendum a été annoncé (deuxième round), il n'aura sans doute aucune peine à aboutir, le peuple de la Ville se prononcera donc (troisième round).
Le vote du Municipal (et celui du groupe socialiste) étant acquis bien avant que de se produire, voter "non" comme nous en eûmes un instant la tentation n'aurait été qu'une posture égotiste... certes intellectuellement confortable, mais politiquement inutile. Mais le référendum étant lancé, on peut passer à l'étape suivante : faire entendre, pendant la campagne référendaire, une réflexion socialiste critique (mais aussi prospective) sur la politique muséale, le contenu du projet, les fonctions d'un musée, l'invention d'une fonction nouvelle...

On en est donc là : ironiquement, mais mécaniquement, c'est l'acceptation par le Conseil Municipal du projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire qui rend désormais possible (si le débat public sort des ornières où cahotait le débat parlementaire) ce que ce même Conseil Municipal a refusé (la dissociation de la rénovation et de l'extension) et ce qu'il a ignoré (un débat sur le contenu culturel du projet). Si, le référendum ayant abouti, le peuple souverain refuse le "paquet ficelé" que lui présente le Conseil municipal, ce "paquet ficelé" de la rénovation et de l'extension du musée qu'il faut accepter ou refuser ensemble, on repart à zéro. On efface Nouvel, Gandur, Barbier-Muller, Cramer et on assume l'urgence d'une rénovation du musée, mais de cette rénovation seule, ou la responsabilité de la fermeture du musée. Et on se donne le temps d'un véritable débat de politique culturelle, où puisse non seulement se poser les questions "pourquoi un musée ?", "qu'en faire ?", "qu'y faire", mais même, rêvons tout haut, tenter d'y répondre...

 On a fini par obtenir des éléments d'un "projet scientifique et culturel" (PSC) du "Mah+" (le musée tel que le projet voté par le Conseil Municipal). Des éléments, seulement : le PSC lui-même ne devrait être validé qu'en octobre par le Conseil scientifique créé pour le concevoir -et, forcément, rendu public encore plus tard, après avoir été ratifié par l'autorité de tutelle, c'est-à-dire le Conseil administratif, puisque les musées de la Ville de Genève en dépendent directement . Or si le référendum aboutit (et il aboutira), ce sera probablement à l'automne que le vote populaire sera organisé. C'est-à-dire avant que le public, les citoyennes et les citoyens, aient pu prendre connaissance du projet culturel qui seul peut justifier l'effort considérable que la collectivité va consacrer à rénover et étendre son musée. Dire que dans ces conditions, le débat sur le "projet scientifique et culturel" du musée sera tronqué, puisque fondé sur les quelques éléments du PSC déjà connus, est un euphémisme. Il va pourtant bien falloir le mener, ce débat, et le soumettre à l'examen, et donc à la critique, ce projet. On tentera de s'y employer, comme on peut, avec qui en veut.
Chères et chers camarades, on vous y attend...

lundi 1 juin 2015

La Nouvelle Comédie : du théâtre à la fabrique de théâtre


Deuxième (après le Musée d'Art et d'Histoire) gros morceau à l'ordre du jour du Conseil Municipal : la Nouvelle Comédie. Un  projet à 98 millions, dont 53 à charge de la Ville et 45 à charge du canton (s'il y consent, ce que le Conseil d'Etat propose, mais ce dont le Grand Conseil disposera, sans que l'on puisse le moins du monde préjuger de ses bonnes ou mauvaises dispositions). Un projet totalement à charge des collectivités publiques, contrairement à celui de rénovation et extension du MAH, dont le financement est fondé sur un « partenariat public-privé ». Et surtout, un projet culturellement bien plus ambitieux que celui du MAH, qui pourtant fait plus de bruit.  Parce que la Nouvelle Comédie, ce n'est pas l'actuelle Comédie en plus grand, c'est une nouvelle institution culturelle. Dont le projet devrait, lui aussi, affronter un référendum, venu (si elle ose) de la droite de la droite. Les deux projets devant être adoptés lors de la même session du Conseil Municipal, les deux référendums seront lancés en même temps et, s'ils aboutissent tout deux, soumis au peuple en même temps. Une votation majeure, et périlleuse, s'annoncerait alors, sur deux projets inégalement séduisants, mais également déterminants pour tout le « paysage culturel » genevois.

Plus qu'un projet de nouveau théâtre. Plus que l'ouverture d'une nouvelle scène
                 
Changement d'échelle changement de rôle : on ne propose pas seulement avec la « Nouvelle Comédie » de donner des moyens, des espaces, du personnel supplémentaire à la Comédie de Genève, on propose de changer sa place dans le tissu culturel genevois et la place du théâtre, comme art vivant, dans la cité. La Comédie comme institution publique deviendrait ce que le Grand Théâtre est pour l'art lyrique, l'OSR pour la musique symphonique ou ce que projette (ou rêve) d'être le Musée d'Art et d'Histoire rénové et agrandi : une institution de référence pour tout un art, tout un milieu, toutes celles et tous ceux qui y oeuvrent, toute une forme d'expression.  On ne construit pas un parking, ou un supermarché, on construit un théâtre. Et on fait le choix très politique d'affirmer Genève comme une ville de culture, au singulier, et de cultures, au pluriel. Et de théâtres, toujours au pluriel, puisque la Nouvelle Comédie ne sers pas seulement une scène, mais une véritable « Cité du Théâtre », une «fabrique de théâtre» réunissant en un même lieu, la journée et le soir, artistes, artisans, public, habitants du quartier, producteurs du spectacle théâtral et apprentis de ce spectacle. Le temps est aussi une donnée du débat : La Nouvelle Comédie s'inscrira dans un paysage urbain (celui du quartier de la Gare des Eaux-Vives) remodelé par le CEVA. Le projet doit donc être inscrit dans le calendrier du chantier du CEVA, le théâtre soit inauguré en même temps que la ligne de chemin  de fer, en 2019.
L'ambition du projet de la Nouvelle Comédie est considérable -et c'est parce qu'elle est considérable qu'elle est pour certains effrayante : installer le théâtre (et, plus largement, les arts de la scène) comme le lieu, le moment, le langage du questionnement de la cité. Et, d'une certaine manière, réconcilier Genève avec le théâtre -et le théâtre avec Genève, ville de livres, ville de musique, mais qui s'est toujours un peu (ou beaucoup, sous la plume de Rousseau) méfiée de cet art étrange fait de masques et de discours, où des femmes et hommes jouent des rôles tout en étant, sur une scène, physiquement, eux-mêmes. On comprend donc assez bien l'opposition de la droite de la droite municipale à un tel projet, qui veut faire du théâtre autre chose qu'un spectacle, et le soustraire aux lois du marché. Ainsi,  le PLR, qui se pose en fervent défenseur du projet d'extension du Musée d'Art et d'Histoire, se profile aussi comme opposant à celui de la Nouvelle Comédie : étendre l'existant ne lui pose aucun problème -le réinventer l'effraie. Autant d'ailleurs qu'un « partenariat public-public » pour financer la Nouvelle Comédie, alors que l'extension du MAH le serait par un « partenariat public-privé » qu'il prône pour tous les projets culturels d'importance.
La « Nouvelle Comédie » est plus qu'un projet de nouveau théâtre.. Mais c'est sur un ancien théâtre, sur une ancienne scène, que le sort de ce projet va se jouer : au Conseil Municipal. On ne dira pas trop de mal ici de cette scène, puisque nous y sévissons. Disons, prudemment, que de la pièce qui s'y joue depuis hier soir sur le projet d'extension du Musée d'Art et d'Histoire on peut tirer au moins un enseignement : à Genève, les arts de la scène politique gagneraient eux aussi à bénéficier du changement d'échelle et du changement de rôle que le projet de Nouvelle Comédie permettrait d'offrir au théâtre...

mercredi 27 mai 2015

MAH : Comment jouer un musée au poker (menteur)

   

En aboutissant  au Conseil Municipal, de la Ville de Genève, le débat sur la rénovation et l'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève pouvait-t-il prendre forme politique, ou en rester là  où il vagissait depuis des mois ?


On est donc partis droit dans le mur d'un référendum périlleux, ou le poujadisme anticulturel, pour qui toute dépense pour une institution culturelle est forcément excessive, le disputera à l'opposition au projet Nouvel-Jucker d'extension du MAH. Que ce projet (ou ce qu'il en reste) succombe ne serait d'ailleurs qu'une péripétie : le plus grave serait que la rénovation du musée, et donc, vu l'état où il est, le musée lui-même, sombre avec lui -sans que jamais ait été vraiment débattu, et jamais véritablement contesté, le projet culturel qui, seul, peut justifier l'investissement demandé pour l'extension du MAH. Or en liant les deux enjeux, la rénovation indispensable et incontestée, et l'extension, certes utile mais contestée, on imposera à  la première le sort que le corps électoral, puisque référendum il y aura, risque fort d'infliger à  la seconde. Le "paquet ficelé" de la rénovation et de l'extension relève d'un jeu de poker politique dont l'enjeu est le musée lui-même...

En prenant la rénovation en otage de l'extension, c'est le musée lui-même qu'on prend en otage...
 
Un référendum a d'ores et déjà  été annoncé contre le crédit nécessaire à  la réalisation du projet d'extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève (mais aussi contre sa rénovation, s'il n'y a pas dissociation de cette extension et de cette rénovation). Ce référendum a toutes les chances d'aboutir, et d'être finalement victorieux, parce qu'il additionne des oppositions contradictoires, toutes minoritaires mais qui, cumulées, ont de grande chance d'être majoritaires, alors que les défenseurs du projet n'ont à  tenir que le discours du projet lui-même. Or le projet voté par le Conseil Municipal est ce paquet ficelé où la rénovation du musée, que personne ne conteste, est indissociable de son extension, qui elle est contestée, le référendum lancé contre l'extension le sera aussi contre la rénovation. Cette prise en otage de la rénovation par l'extension risque bien de la couler avec l'extension, au terme d'un débat public où les arguments de fond resteront précisément au fond, noyés par le poujadisme anticulturel et le discours comptable...

Tant  que l'opposition au projet Nouvel-Jucker était minoritaire, portée par des défenseurs du patrimoine et des opposants au "partenariat" avec la Fondation Gandur, elle avait la séduction de David face à  Goliath. La coalition des oppositions populistes, avaricieuses et fétichistes n'a pas cette séduction -mais elle gagne en efficacité, du fait des erreurs et des arrogances des partisans du projet : à  vouloir forcer le passage pour l'extension en prenant la rénovation en otage, ils ne donnent pas vraiment l'impression d'une adhésion convaincue et convaincante à  un projet muséal et à  un contenu culturel novateurs, même si la co-présidente du Cercle de soutien au projet, Charlotte de Senarclens, assure qu'"en  dehors du fait que le projet architectural me plaît, c'est l'usage que l'on  en fait qui m'importe" -or on est toujours
dans l'attente d'un véritable projet scientifique et culturel, et on est toujours nourris de grandes généralités consensuelles, juste un peu au-dessus du niveau d'insignifiance des discours convenus sur une
"ouverture vers la cité et le grand public" qui n'est pas plus contestée que la rénovation du musée .

Le projet Nouvel-Jucker ne mérite sans doute ni l'honneur dont on le pare ni l'indignité dont on l'accable et, quoi que l'on  en pense, il vaut sans doute mieux le combattre pour le projet muséal qu'il signifie que le laisser succomber médiocrement face à  une coalition du populisme "anticulturel", du chipotage avaricieux et du fétichisme patrimonial. Il mérite un débat, et donc une opposition, sur son contenu plus que sur son contenant, son coût et ses sources de financement. Il mérite un débat sur la politique muséale qu'il matérialise. Il mérite un vrai débat de politique culturelle. Avec quelques idées, quelques propositions, quelques pistes pour faire de ce musée autre chose que la seule modernisation de ce qu'il est déjà . Il mérite un débat qui n'aura sans doute pas vraiment lieu, mais qui serait pourtant la condition pour que, dans les urnes, une majorité se dessine pour soutenir un projet qui en vaille la peine par son contenu, avant que d'être vanté pour son contenant.
 

Quant au coût du projet et à  son mode de financement (le fameux "partenariat public-privé"), on dira que si le projet en valait la peine, on ne perdrait pas notre temps à  contester son financement puisqu'il est assuré. La Convention passée avec la Fondation Gandur pour l'Art ? On a déjà  eu l'occasion de dire et d'écrire ce qu'on en pensait : qu'une convention n'est pas immuable, que celle-là  doit être renégociée, et que cette renégociation (et l'approbation de son résultat par le Conseil municipal) peut même être posée comme une condition de la libération du financement public. Le patrimoine, la préservation de l’œuvre de Camoletti ? On y tient autant que ses défenseurs -mais elle n'est un obstacle qu'à  la réalisation d'un projet particulier d'extension, le projet Nouvel-Jucker, pas à  cette extension en tant que telle : les plus fervents défenseurs du patrimoine admettent d'ailleurs qu'il puisse être atteint par des projets dont la qualité, formelle et fondamentale, justifierait cette atteinte, en valant plus que ce qu'ils modifient. Or les défenseurs du projet Nouvel-Jucker ont beau le vanter avec des trémolos gorgés de lyrisme, on s'autorisera à  nourrir quelques doutes sur sa capacité à  faire du bâtiment de Camoletti ce geste architectural exemplaire que peuvent signifier quelques musées construits ces vingt dernières années -mais le plus souvent construits ex nihilo, non à  partir de musées existants...
Finalement, le seul argument qui nous a convaincu (mais on était bien fatigués...) de voter telle qu'elle nous était présentée, ficelée, la proposition du Conseil administratif et de la majorité de la commission était qu'il fallait que le Conseil Municipal l'accepte, cette proposition, pour que, référendum aidant, le peuple puisse se prononcer. Mais si cette motivation dit quelque chose de notre conception de la démocratie, elle ne dit rien du contenu du projet, et elle admet comme acquise (par une décision majoritaire du Conseil municipal) la démarche politiquement suicidaire consistant à  ficeler la rénovation et l'extension, au risque vraisemblable de les couler ensemble. Délier la rénovation et l'extension, c'était sans doute sauver la première. Une rénovation sans extension (parce que sans l'apport financier privé lié à  l'extension) coûterait plus cher (80 millions au lieu de 60 millions) à  la Ville ? Sans doute. Mais au moins elle se ferait. Et rien ne coûterait plus cher à  la Ville qu'un musée qu'il faudrait fermer parce qu'il commencerait à  tomber en morceaux sur ses visiteurs et son personnel.

La parole sera donnée au peuple, et c'est une excellente chose. Mais pour que cette parole ait un sens, il faudrait qu'elle soit donnée sur ce qui est contesté, et sur cela seulement. Or la rénovation n'est pas contestée... En la prenant en otage de l'extension, c'est bien le musée lui-même qu'on prend en otage, et le débat que l'on fausse.